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Le secret des autres Jeudi 1 Octobre 20h30
Le secret des autres de Patrick Wang
Synopsis et détails
Adapté d’un roman de Leah Hager Cohen salué par la critique américaine, Les Secrets des autres raconte l’histoire d’une famille hantée par un destin tragique.
John et Ricky ont du mal à faire le deuil de leur bébé, qui avait vu le jour avec une grave malformation. Ils tentent tant bien que mal de surmonter le drame. Leurs autres enfants en font les frais : Paul est un pré-ado obèse et pestiféré à l'école et sa sœur Biscuit veut attirer l'attention de ses parents accablés de chagrin en faisant l’école buissonnière. L’irruption de Jess, la demi-sœur issue d’un précédent mariage de John, va révéler les blessures profondes et ce qui sépare le couple. Car la jeune femme est enceinte et s’installe pour une durée non déterminée chez ses parents. Elle se lie d'amitié avec le jeune voisin, qui vient de perdre son père...
Critiques
Bande Annonce
En un seul film, sorti malheureusement un peu inaperçu en toute fin de l’année dernière, Patrick Wang était devenu un cinéaste à suivre pour ceux qui avait eu la chance de découvrir son magnifique In the Family. Il faisait d’un triste récit d’adoption par un veuf qui venait de perdre son compagnon une subtile odyssée intime sur la parole qui avait fait chavirer le cœur de ses spectateurs. Aussitôt annoncée, la sélection à l’ACID de son nouveau film, The Grief of Others, avait retenu l’attention, notamment par son titre qui semblait contenir la promesse d’une nouvelle réflexion sur le deuil. Alors, oui et non : The Grief of Others se déploie en premier lieu comme un récit choral sur – on aurait pu l’écrire en lettres capitales tant l’expression fait peur – une famille américaine et ses petits malheurs du quotidien. Mais le film de Wang n’est heureusement pas un ersatz des œuvres de Todd Solondz : il ne se rabaisse pas au niveau d’une satire cyniquement déshumanisée autopsiant avec une joie moqueuse et un effroi compassé les affres de la middle-class étasunienne. Considéré ici avec bienveillance, le deuil en question s’annonce au pluriel tout en étant singulièrement ressenti : chacun tente d’accepter les adieux à faire. Adieux à ses ambitions, à sa jeunesse, à son insouciance, et à la confiance en l’autre.
Adapté d’un roman de Leah Hager Cohen, The Grief of Others s’attache à dépeindre, tout en finesse et tendresse, ces deuils par des échos troublants qui finissent par se confondre en une douloureuse harmonie : les parents doivent affronter le mensonge sur la pathologie d’un enfant à venir, le fils doit oublier son enfance et devenir un adolescent, la fille doit construire un nouveau rebond dans sa vie sentimentale. Le tout est traité avec une pudeur détachée infinie qui rend le film de Wang particulièrement ouvert au monde et aux idées. Dans son traitement méditatif – ici, on s’évertue à ne pas trouver la réponse mais à se poser les bonnes questions, The Grief of Others raccorde ses affects par association d’idées. Cela teinte le film d’une couleur ludique et imprévisible : tel mur rouge est aussi un possible ventre maternel, tel lampe au plafond est une ouverture vers le jardin... Wang, dans une veine formelle moins sèche que dans In the Family, s’ingénie ainsi à trouver des idées de montage, souvent brillantes, pour soutenir la teneur tragique de The Grief of Others et l’amener sur le terrain de la chronique enlevée. Un cadavre exquis qui a aussi un certain ton fantastique avec ses fantômes qui hantent l’esprit de ses personnages dans un rapport crucial à l’altérité des vivants ou, plus surprenant, des morts.
Le titre original ne parle pas de secrets, mais de douleur. La douleur des autres : c'est ce que traque obstinément ce jeune réalisateur américain d'origine taïwanaise, venu au cinéma après des études d'économie et de théâtre. Dans In the family, inexplicablement peu vu en France, un homme cherchait à récupérer son fils après la mort de son compagnon. Patrick Wang parle encore d'enfance et de deuil dans cette histoire en apparence moins originale que la précédente : des familles décomposées à la suite du décès d'un bébé, on en a vu beaucoup, surtout dans des mélos tire-larmes, maladroits à force de générosité ostentatoire.
Patrick Wang procède, lui, par brisures successives : scènes elliptiques qui s'interrompent, parfois, pour mieux rebondir, ou qui se répètent, comme si elles obéissaient aux souvenirs épars, voire contradictoires des personnages. Paradoxalement, le réalisateur a le goût des plans-séquences et des cadrages mouvants : on sent ses acteurs libres de sortir du champ ou d'y entrer, non pas à leur guise, mais guidés par la fébrilité qu'il leur communique.
A propos d'In the family, certains ont évoqué John Cassavetes, que l'on cite à tort et à travers dès qu'un jeune cinéaste se montre original. Patrick Wang reste loin du maître, mais on retrouve, par moments (un baiser mi-incestueux, une scène d'avortement dans un hôpital), sa cruauté douce. Son regard bienveillant sur les faiblesses et les excentricités des êtres... Le cinéaste se permet quelques « audaces » un peu naïves — au tout début, la vision subjective d'un bébé presque mort. Mais au moins se les permet-il, ces audaces, quand tant d'autres n'osent plus rien. Et par instants, elles paient. La hardiesse formelle du dénouement, par exemple, le rend particulièrement insolent. Et émouvant. — Pierre Murat
L’Américain Patrick Wang poursuit sa veine intimiste avec «les Secrets des autres», une chronique familiale épurée.
C’est une famille, les Ryrie, qui a presque tout d’adorable. Le père est décorateur dans un théâtre, et la mère a l’air de travailler dans un bureau. Ils ont deux enfants, un garçon en surpoids mal dans ses baskets et une petite fille un peu étrange. Débarque la fille du père, enceinte et paumée. Passe aussi un jeune homme de 19 ans, dont le père vient de mourir, et son chien, un saint-bernard qui a la manie de provoquer des accidents en voulant sauver les gens. Tout ce monde serait attachant si les Secrets des autres, deuxième film de l’Américain Patrick Wang et adaptation d’un roman de Leah Hager Cohen, ne filmait justement pas tout cela avec détachement. Cette distance n’est pas une indifférence, c’est même tout l’inverse. Ce que Patrick Wang montre ici, comme dans son premier filmIn the Family, c’est l’incommunicabilité des êtres, l’expression impossible des sentiments.
MORT-NÉ
Au fil de ce récit haché de flash-backs, de retours en arrière déroutants, on apprendra que, dans cette famille, un bébé est mort-né. Personne ne parle de ce drame, tous se mentent les uns les autres. «On dirait que personne ne vit sur la même planète», dit la belle-fille. Mais les Secrets des autres n’est pas la simple chronique éculée du pourrissement de la cellule familiale de la classe moyenne américaine. Wang va beaucoup plus loin. Sous le toit de la maison, il montre, avec un respect et une épure rare, la complexité de l’amour. Familial, filial, maternel, conjugal, amical, peu importe.
Dans ses notes, Patrick Wang dit : «Il y a de la souffrance dans ce film, mais j’ai tenté de faire en sorte qu’elle mérite d’être vécue.» Il y a là une dimension quasi-chrétienne à filmer ainsi les martyrs de ses héros, à s’attacher à décrire leurs supplices émotionnels et à montrer que les seuls saluts possibles sont l’amour et la famille.
ELLIPSES
Par son budget minuscule (200 000 dollars, 170 000 euros), son tournage très bref, son usage du Super 16, son cadre rempli de couleurs délavées,les Secrets des autres s’inscrit très clairement dans le sillage d’un cinéma américain où l’intimisme serait la voie de la justesse. On pense bien sûr à John Cassavetes, et plus généralement à l’esthétique seventies.
Il y a évidemment beaucoup de cela. Mais, de cette matière usée jusqu’à la corde par toute la production indé anglo-saxonne contemporaine, Wang propose encore autre chose, ose s’en dégager. Dans un plan déconcertant, dérangeant, il filme le point de vue du nourrisson qui vient de mourir. Ailleurs, il insère superbement, au milieu d’une nature morte de la cuisine pavillonnaire, des images de la famille qui marche dans un parc.
Les ellipses se multiplient. Elles s’insèrent les unes dans les autres, au risque de perdre parfois. Mais la délicatesse est aussi visuelle : un plan d’embouteillage sur l’autoroute ne montre qu’un visage dans un rétroviseur. Un au revoir est filmé de très loin, comme par l’œil d’un voisin curieux mais respectueux. On est là plongés dans un long courant de conscience. C’est le regard d’un cinéaste complexe et singulier, à qui l’on souhaite que l’écosystème du cinéma permette de gagner toujours plus d’ampleur dans la description de l’intime.
Vincent Ostria
PAROLE DE CINÉASTE
C’est l’histoire d’une famille américaine qui a traversé un événement douloureux. Une pierre est jetée au milieu d’une mare et ses vagues douces et monotones remuent une vie paisible. Le film porte sur ces ondes imperceptibles qui bougent lentement et fragilisent les relations que l’on imagine pourtant stables, pérennes et indestructibles. Un père, une mère et des enfants, désireux de se comprendre…
Ce film permet de voir notre monde, si simple et si banal, dans son étrangeté. Cette réalité est tellement proche de nous, au milieu de nos vies, qu’il est étonnant de s’en distancier et de le voir tel un miroir, dans un film. Dans les interstices de ces relations simples et ordinaires que nous vivons tous, il y a quelque chose de singulier, étrange et précieux que l’on ne perçoit plus.
Patrick Wang est libre. Libre d’interroger un quotidien que nous vivons et que le cinéma n’interroge que trop peu, tellement il tend à être obnubilé par l’ailleurs et l’extra-ordinaire. Libre de réinventer la forme du récit qui semble dans un premier temps linéaire. Créant ainsi des ruptures temporelles, des poches de temps qui viennent se glisser au milieu d’un récit pour l’étirer, le déplier. Libre de ne pas se laisser tenter par le pessimisme qu’engendrent des situations de souffrance et de laisser émerger l’espoir, le désir de continuer à vivre ensemble.
Mehran TAMADON, cinéaste membre de l’ACID

Autres critiques
" Une merveille visuelle doublée d'une plongée en eaux sombres d'une grande humanité. Un petit miracle de film, où les “secrets” du titre français saignent de l’image, absorbés par la pellicule tel un Saint-Suaire. Wang sonde les blessures intimes mais n’oublie pas de les panser avec la même délicatesse. "
Léo Soesanto - LES INROCKUPTIBLES
" Avec une liberté de filmer impressionnante, des surgissements d’inconnus qui redonnent de la profondeur aux protagonistes, des fondus, des surimpressions, des incrustations, tout un vocabulaire visuel joueur et au plus près des émotions, il met en acte l’idée sous-jacente qui porte le film : celle d’un nécessaire bricolage généralisé des relations entre les humains, de la nécessaire reconstruction permanente de ce qui peut être dit, partagé, thésaurisé, jeté au fil de l’eau ou du vent, ou du temps. "
Jean-Michel Frodon - PROJECTION PUBLIQUE / SLATE
" En deux films sublimes, Patrick Wang s’est discrètement imposé comme une figure majeure du cinéma indépendant américain. Après In The Family, bouleversant drame familial sur la garde homoparentale, le cinéaste prolonge son subtil théâtre de l’intime dans Les Secrets des autres, un film délicat, inventif et déchirant..."
Eric Vernay - TROIS COULEURS
" Sous le toit de la maison, il montre, avec un respect et une épure rare, la complexité de l’amour. Familial, filial, maternel, conjugal, amical, peu importe. (...) Les Secrets des autres s'inscrit très clairement dans le sillage d'un cinéma américain où l'intime serait la voie de la justesse. "
Clément GHYS - LIBÉRATION
" Sa construction en puzzle, suggérant une psychologie abîmée par de cruels secrets, n'est pas le seul élément à conférer du charme à ce film. Faisant directement référence aux nouvelles d'Alice Munro et aux tableaux d'Edward Hopper, Wang parvient à structurer une esthétique résolue, émouvante dans sa façon de fabriquer de l'attente, un personnage en soi. La qualité de l'image est, elle aussi, déterminante."
Alexis Campion - LE JOURNAL DU DIMANCHE
" Patrick Wang fait montre d'un grand talent d'écriture et de mise en scène dans ce film étrange sur un couple et ses deux enfants, hantés par un deuil. C'est le réalisateur indépendant qui monte..."
Eric Libiot - L'EXPRESS
" Patrick Wang, par sa mise en scène évocatrice et audacieuse, suggère cette douleur tue et occultée – parmi d’autres joies et douleurs, car la vie continue et ne se réduit pas à cette perte."
Marie Soyeux - LA CROIX
" Voir « Les secrets des autres » de Patrick Wang devrait être ainsi l’une des priorités de la rentrée culturelle et, pour ceux qui l’auraient raté, il faudra y adjoindre la vision du DVD de « In the Family », sorti récemment chez « ED Distribution », qui a découvert ce grand cinéaste de demain et a bien raison de le défendre bec et ongles."
Philippe Person - FROGGY'S DELIGHT
" L’extrême justesse de certains moments, la grande beauté de la scène finale et, finalement, une réelle confiance dans les possibilités du cinéma et de la construction de l’image rendent Les Secrets des autres assez touchants et font de Patrick Wang un nom à suivre. "
Mickaël Pierson - IL ÉTAIT UNE FOIS LE CINÉMA
Fiche technique
Les Secrets des autres (The Grief of Others)
États-Unis - 2014
Réalisation : Patrick Wang
Scénario : Patrick Wang
d’après : le roman The Grief of Others de : Leah Hager Cohen
Image : Frank Barrera
Décors : Owen Hope, Danny Madden
Costumes : Michael Bevins
Son : Johnny Marshall
Montage : Elwaldo Baptiste
Musique : Aaron Jordan, Andy Wagner
Producteur(s) : Jim Cummings, Erich Lochner, Matt Miller, Patrick Wang, Ben Wiessner
Production : Vanishing Apple
Interprétation : Rachel Dratch (Madeleine Berkowitz), Mike Faist (Gordie Joiner), Sonya Harum (Jessica Safransky), Oona Laurence (Biscuit Ryrie), Wendy Moniz (Ricky Ryrie), Jeremy Shinder (Paul Ryrie), Trevor St John (John Ryrie)...
Distributeur : ED Distribution
Date de sortie : 26 août 2015
Durée : 1h43
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