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Cemetery of splendour    Jeudi 8 Octobre  20h30

Cemetery of splendour

 de Apichatpong Weerasethakul

Bande Annonce

Synopsis et détails

 

Des soldats atteints d'une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s'occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d'amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d'écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l'énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s'étend sous l'école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d'elle-même et du monde qui l'entoure.

 

Critiques à voir & écouter

Critiques à lire

 

Au travers d’une histoire de soldats atteints d’une étrange maladie, le réalisateur thaïlandais déploie un cinéma tout simplement magique.

Le chamanisme du cinéma d’Apichatpong Weerasethakul marche à chaque fois. Cemetery of Splendour ne déroge pas d’un iota et cette règle weerasethakulienne, immuable depuis Blissfully Yours (en ce qui me concerne), qui fait que l’on ressort de ses films autant régénéré que d’une séance de spiritisme, de suave sorcellerie, d’hypnose bienfaisante, de soins ayurvédiques.

Ce cinéaste unique nous procure avant tout un effet physique, qui passe par une douceur invraisemblable, une sensualité inouïe, une puissance zen incomparable. Pour autant, ce cinéma est aussi mental, politique, en prise avec les réalités de son pays. Comme Miguel Gomes, son lointain cousin portugais de cinéma, Weerasethakul sait enchanter le réel au contact d’un imaginaire libre et des puissances les plus dépouillées du cinéma. Cet usage humble et sorcier du septième art, rare de nos jours, est tout simplement magique.

L’argument de Cemetery of Splendour est minimal. Atteints d’une étrange maladie du sommeil, des soldats reposent dans la salle commune d’un hôpital de campagne installé dans une ancienne école. Dehors, des militaires s’affairent sur un chantier qui semble menacer de destruction prochaine l’école-hôpital.

Les beaux endormis sont veillés par des infirmières, par Keng, une jeune femme douée de pouvoirs médiumniques, et par Jenjira (jouée par Jenjira Pongpas, la dame boiteuse et marmoréenne qui joue dans tous les Weerasethakul).

Comme toujours avec Apichatpong, le moindre geste, le moindre plan est chargé de mystère et d’érotisme. Quand Jenjira masse un soldat avec de l’onguent, c’est d’un sensualisme irrésistible. On pousse le bouchon ? Non, quelques plans plus tard, un soldat se met à bander dans son sommeil sous l’effet des soins et massages, ce qui fait sourire les infirmières – et les spectateurs aussi.

Plus loin, un homme défèque dans la jungle. On apprend que l’école a été bâtie sur le site d’une civilisation disparue. Comme toujours, Weerasethakul construit une sorte de chant poétique qui englobe le présent et le passé, l’histoire et la politique, la réalité et les mythes, le trivial et le mystique, le naturel et le surnaturel, les vivants et les morts avec ces jeunes hommes en léthargie comme point de passage entre les deux dimensions.

 

 

 

 

 

A l'attention, peut-être, de ceux qui jugent son cinéma soporifique, le malicieux Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a imaginé une mystérieuse maladie du sommeil frappant, en l'occurrence, des militaires. Et ce bataillon de dormeurs alités dans un ­petit hôpital de fortune devient un spectacle fascinant, source de fiction, voire de science-fiction. « Excitant ! »commente Jenjira, l'héroïne, bénévole d'âge mûr, elle-même mal en point, aux petits soins avec un bel endormi auquel personne ne rend visite. De fait, la situation tient parfois d'un dispositif érotique, ne serait-ce que pour cette érection que tel soldat inconscient laisse amplement deviner à travers ses couvertures.

Grivois, facétieux, mais aussi profondément inquiet et hanté : l'univers du cinéaste renvoie à son enfance. Fils de médecins officiant dans un hôpital cerné par la forêt, il a grandi entre le scientisme de ses parents et un animisme très répandu en Thaïlande. La maladie, les remèdes, la guérison reviennent dans toute son oeuvre, dont Oncle Boonmee... (Palme d'or 2010), au milieu de visions, de chimères et autres spectres droit sortis de la jungle. Dans ce film-ci, les soldats endormis bénéficient d'une luminothérapie futuriste aux variations de couleur du plus bel effet. Et une médium, recrutée par l'hôpital, assure un dialogue entre ces patients silencieux et leur entourage...

La jeune femme prétend accéder aux pensées secrètes du soldat veillé par Jenjira, au point de parler au nom du garçon. Tels les grands films qui explorent le monde onirique (Mulholland Drive et Inland Empire, de David Lynch, par exemple),Cemetery of splendour devient une sorte d'enquête dans un labyrinthe mental, où le spectateur garde le champ libre pour imaginer l'essentiel. Comme dans Tropical Malady, une strate de réalité en cache une autre, façon palimpseste. L'hôpital remplace une ancienne école (celle, jadis de Jenjira la bénévole), elle-même construite à la place d'un site mythique, peut-être la clé du mystère...

Ce qui est beau, c'est que chacun veut connaître les songes de l'autre : « Dis-moi ce que tu vois », demande étrangement à Jenjira le militaire enfin réveillé, celui-là même dont elle cherchait à déchiffrer les songes. Non seulement le cinéaste exalte la contem­plation, et la perte de soi dans l'objet contemplé, mais il promeut magnifiquement l'empathie, le soin et le souci de l'autre. Sommet bouleversant du film : le léchage impromptu de la jambe douloureuse et monstrueuse de Jenjira par la médium, alors possédée par l'esprit du soldat... On parle sans cesse, depuis quelques années, des feel good movies, ces films supposés nous faire du bien.Cemetery of splendour ne leur ressemble en rien, mais il pourrait revendiquer le label : il conduit à une forme d'hypnose, à ce bliss, cette béatitude émerveillée dont parlait Blissfully yours, premier film du cinéaste. S'endormir, oui, mais avec les yeux grands ouverts. — Louis Guichard



 

 

 

L’argument : Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis.
Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.

 

Notre avis : Sur un écran noir, le fourmillement des bruits de la nature nous accueille dans le nouveau film d’Apichatpong Weerasethakul. Une entrée en la matière plutôt apaisante bientôt troublée par les bruits mécaniques d’une pelleteuse, dédiée jusqu’à la fin du film à creuser des trous aux alentours de l’hôpital, poursuivant en vain son entreprise d’excavation. Ce n’est en effet pas communément que les films du réalisateur thaïlandais dévoilent leurs profondeurs spirituelles au spectateur. Il faut pour cela emprunter une voie contemplative et se laisser doucement emporter par l’atmosphère du long-métrage. C’était le cas pourOncle Boonmee, Palme d’Or du festival de Cannes 2010, c’est encore le cas pour Cemetery of Splendour, qui prend pour cadre un hôpital provisoire abritant des soldats plongés dans un sommeil sans fin. Un sujet apparemment en marge, faisant appel à une mise en scène où le rêve et l’imaginaire sont à l’honneur, mais dans lequel s’esquisse en creux un portrait de la situation sociale et politique en Thaïland.
L’hôpital, ancienne école partiellement réhabilitée pour accueillir les soldats endormis, est le point de départ du film autant qu’il figure un retour au commencement. Nous retrouvons le monde de l’enfance, où le merveilleux et l’irréel prédominent, mais aussi l’école comme lieu d’apprentissage pour réapprendre à rêver et en fin de compte, réapprendre à vivre. En témoignent les brefs réveils d’Itt, interprété par Banlop Lomnoi, pendant lesquels l’ancien soldat fait l’expérience d’une perception accrue du monde. Les odeurs de la nature et les goûts des aliments lui parviennent avec une intensité renouvelée, comme si le sommeil avait précisément permis une nouvelle jeunesse des sens. 
A travers Cemetery of Splendour, le réalisateur nous incite à prendre le temps de voir et d’entendre dans une société qui dévalue et déprécie le sommeil au profit d’une activité des corps et d’une sollicitation de l’esprit permanentes. Les plans sont longs, fixes et larges, avec une profondeur de champ importante permettant au regard de s’égarer dans le cadre. Apichatpong Weerasethakul propose une alternative presque méditative aux images frénétiques des films d’action à succès – auxquels il fait un clin d’œil dans l’une de ses scènes. Les images, plutôt banales dans les premières scènes, révèlent toute leur beauté au fur et à mesure que le long-métrage progresse, démontrant la maîtrise du réalisateur et la finesse du travail accompli en collaboration avec Diego Garcia, directeur de la photographie. Le soin accordé aux couleurs est lui aussi manifeste, comme en témoigne une séquence urbaine nocturne lors de laquelle les néons et autres éclairages artificiels tiennent les hommes éveillés mais finalement imperméables à leur environnement. Lors de ces plans, les couleurs de l’image changent doucement pour nous amener dans un univers fantasmagorique, presque comme si le réalisateur voulait appliquer au spectateur la même thérapie de lumières colorées que celle employée auprès des soldats, pour leur permettre de mieux se réveiller au monde.© Pyramide Distribution
Cemetery of Splendour nous fait accéder à une autre manière de faire l’expérience du temps, plus lent mais non pour autant dénué de rythme ; l’œuvre nous fait toutefois également expérimenter une autre manière de vivre l’espace en superposant les lieux dans lesquels se déplacent ses personnages, dans une double exposition cinématographique de ces différents environnements. L’hôpital se superpose à l’école ; les ruines et la végétation aux alentours se superposent aux magnificences d’un ancien palais royal. L’imagination reprend ses droits et la magie renaît d’elle-même. 
Contribuant aussi à l’atmosphère du film, Jenjira Pongpas incarne avec douceur le rôle de Jenjira, bénévole s’occupant de Itt, qui éveillera en elle une dimension protectrice. L’actrice parviendra à donner corps à un personnage attachant, empreint d’une certaine candeur qui ne se départit pas d’un léger humour et d’une répartie malicieuse.
Apichatpong Weerasethakul signe une œuvre dont la beauté ne se livre pas au premier regard mais à travers une lente expérience des sens. Une oasis cinématographique rafraîchissante pour qui voudra échapper pour deux heures à la fièvre de la rentrée.

 

Autres critiques

 

Cahiers du Cinéma par Cyril Béghin

"Cemetery of Splendour" est sans doute moins immédiatement bouleversant que "Tropical Malady", moins surprenant et charmeur qu’"Oncle Boonmee", il n’en est pas moins peut-être le meilleur film de Weerasethakul – un coup de génie tranquille qui rend sa mélancolie politique d’autant plus puissante.

 

Critikat.com par Morgan Pokée

Il faut reconnaître à Apichatpong la douce puissance inébranlable de son cinéma, son audace souveraine et son amour pour les récits de maladie tropicale.

 

Le Nouvel Observateur par Nicolas Schaller

"Tout film qui peut être décrit par des mots n’en est pas un", disait Antonioni. La beauté de "Cemetery of Splendour" est d’autant plus indescriptible que chacun y trouvera sa vérité en laissant son esprit divaguer.

 

Les Inrockuptibles par Serge Kaganski

Weerasethakul sait enchanter le réel au contact d'un imaginaire libre et des puissances les plus dépouillées du cinéma. Cet usage humble et sorcier du septième art, rare de nos jours, est tout simplement magique.

 

L'Express par Thomas Baurez

Ce film à la fois zen, drôle (si, si!) et spirituel a ceci de passionnant qu'il tire sa beauté de sa plasticité et de sa douceur poétique. Et ouvre au spectateur un immense champ des possibles. Sublime! 

 

Libération par Julien Gester

A la fois brûlot politique et conte mystique, le somptueux dernier film du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (...) se révèle aussi une manière sans équivalent connu de satire politique à visage placide.

 

Paris Match par Yannick Vely

Visuellement toujours à tomber à la renverse (...) "Cemetery of Splendour" est une nouvelle séance d'hypnose, qui (...) propose à nouveau une expérience sensorielle unique au spectateur, une véritable transfiguration bouddhiste.

 

 

Ecran Large par Simon Riaux

Invitation à un voyage immobile, odyssée silencieuse, Cemetery of Splendour est un rêve où le spectateur se perd avec bonheur.

 

Le Journal du Dimanche  par Alexis Campion

(...) Film ensorceleur, radical, à la fois accessible et semé d’énigmes.

 

Les Fiches du Cinéma Par Nicolas Marcadé

Le cinéma de Weerasethakul, comme une caresse ou un morceau de musique, produit des sensations à la fois très concrètes et très peu définissables.

 

Première par Eric Vernay

L’occasion pour le cinéaste thaïlandais d’évoquer en creux l’impasse politique d’un pays plongé dans l’obscurité par la junte militaire, sous la forme d’un voyage hypnotique et coloré oscillant entre vie et mort. La sidération, permanente, apaisante, émane de détails anodins, comme cette particule flottant sur l’eau miroitante. Un rêve éveillé.

 

Studio Ciné Live par Thomas Baurez

Ce film à la fois zen, drôle (si, si !) et spirituel a ceci de passionnant qu’il tire sa beauté de sa plasticité et de sa douceur poétique. Et ouvre au spectateur un immense champ des possibles. Sublime !

 

 

Transfuge par François Bégaudeau

Contaminée par l'inactivité ambiante, la machine a comme suspendu son geste. Le film a fait pause et dans cette pause s'est épanché. (...) Le spectateur éprouve alors l'égal coefficient de réalité de ce qui se voit et ne se voit pas.

Fiche technique

 

Cemetery of Splendour (Rak ti Khon Kaen)
Thaïlande, Royaume-Uni, France, Allemagne, Malaisie - 2015
Réalisation : Apichatpong Weerasethakul
Scénario : Apichatpong Weerasethakul
Image : Diego Garcia
Décors : Akekarat Homlaor
Son : Akritchalerm Kalayanamitr
Montage : Lee Chatametikool
Producteur(s) : Apichatpong Weerasethakul, Keith Griffiths, Simon Field, Charles de Meaux, Michael Weber, Hans Geißendörfer
Production : Kick the Machine, Illuminations Films (Past Lives)
Interprétation : Jenjira Pongpas Widner (Jenjira), Banlop Lomnoi (Itt), Jarinpattra Rueangram (Keng)...
Distributeur : Pyramide
Date de sortie : 2 septembre 2015
Durée : 2h02

 

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