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DHEEPAN   Jeudi 24 Septembre  20h30

L'étage du dessous                Jeudi 10 Décembre 20h30

de Radu Muntean

Bande Annonce

Synopsis et détails

 

 

En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. 
Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. 
Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police... même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille.

A Voir

Cineuropa a rencontré le réalisateur roumain Radu Muntean pour parler de L'étage du dessous, qu'il a présenté au Certain Regard interview en anglais

Critiques

C'est l'histoire de Patrescu, quidam flou, placide, sans qualités particulières. On le voit courir au début du film avec son chien, remonter tranquillement l'escalier de son immeuble, être interpellé furtivement par un tapage, des cris, des menaces, dans l'appartement de la jeune femme, à l'étage inférieur de chez lui. Il a juste le temps d'entrapercevoir un autre voisin en sortir. Le lendemain, voilà qu'il apprend le meurtre de la voisine d'en dessous. Un flic fait le tour des appartements pour savoir si quelqu'un a entendu ou vu quelque chose. Et notre homme ne dit rien.

Par lâcheté ? Apathie ? Calcul ? Difficile de savoir tant Radu Muntean, ­cinéaste roumain dont on avait déjà beaucoup aimé Boogie et Mardi, après Noël, a l'art de tourner autour du pot, non sans une froide ironie, comme si l'essentiel n'était pas au centre mais à sa périphérie. De là les tours et ­détours, allers-retours incessants, où l'on ne quitte jamais d'une semelle ce Patrescu, père de famille ventru, ­occupé à de multiples tâches domestiques et professionnelles. Préoccupé aussi — forcément, même s'il en parle très peu —, le meurtre le « travaille », si l'on peut dire. C'est sans doute pourquoi une large part du film est surtout consacrée à son activité pour le moins opaque d'intermédiaire entre des particuliers et une société d'immatriculation de voitures. Ce à quoi l'on assiste est une ronde infernale, dans l'univers kafkaïen de la bureaucratie, qui se confond avec celle d'un homme qui tente de trouver une issue de secours, plus ou moins honorable.

Pas toujours simple à déchiffrer, mais L'Etage du dessous, mis en scène avec une rigueur et un sens de la ­cadence forçant le respect, captive comme une bombe à retardement. — Jacques Morice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En rentrant d’une promenade au parc avec son chien, Sandu Pătrașcu entend dans la cage d’escalier de son immeuble sa voisine se disputer avec un homme qui sort sur le palier. Le lendemain, elle est retrouvée morte, le crâne fracassé. Pătrașcu ne raconte à personne ce qu’il a vu. Il ne dit ni à sa femme, ni à la police venue l’interroger, qu’il a croisé quelques heures avant le drame l’amant jaloux dans les parties communes de l’immeuble. « Que sait-on de ses voisins ? » se demande L’Étage du dessous, qui fait de la femme assassinée une coquille vide, pour mieux la remplir de façon désordonnée et contradictoire des allégations des uns, des preuves de l’enquête de police, et des posts sur le compte Facebook de la défunte inconnue. Si la mort se produit hors champ, pour laisser fantasmer ce personnage-fantôme dont on n’entend que la voix, c’est aussi pour laisser au spectateur la part d’infime incertitude qui est peut-être la clé du comportement de Pătrașcu. Les indices concordent pour accuser le jeune homme croisé ce soir là, Vali, qui vit avec sa femme à un étage inférieur sans suffire à établir la certitude de la culpabilité.

Sur cette inconnue repose toute l’ambiguïté du comportement de Pătrașcu, petit entrepreneur qui continue d’accomplir pour ses clients, avec la même application qu’auparavant, les formalités administratives d’immatriculation de véhicules particulièrement complexes qui semblent héritées d’un bureaucratisme de la Roumanie communiste. Pas de psychologie des affres de la culpabilité, comme l’on peut tout d’abord s’y attendre. Pas de procès non plus de l’indifférence et de la lâcheté, comme pouvait le faire Lucas Belvaux à l’encontre de ses 38 témoins. Après le drame, Pătrașcu mène la même vie qu’auparavant. Il continue de parcourir la ville pour remplir des formulaires, faire contrôler des véhicules, répondre au téléphone. C’est plutôt sa conscience qui est affectée, comme un château assiégé, en proie aux doutes : il s’agit moins de s’intéresser à la culpabilité du présumé tueur que de faire surgir la voix intérieure du "complice" involontaire. Voix donc, mais Radu Muntean excelle aussi à décrire, par l’attention porté au langage du corps de son interprête, ce bouleversement qui touche physiquement Pătrașcu au quodien (nous renvoyons à notre entretien avec le cinéaste roumain). Le film est à l’image de ce travail répétitif et méticuleux : il colle aux gestes et aux déplacements du témoin malgré lui avec un système formel tout aussi rigoureux. Dans une économie de moyens formels comme financiers (le film a été tourné en vingt-cinq jours), le film fait de Pătrașcu, qui est de tous les plans, une figure nette et stoïque qui se détache sur un décor gagné par le flou.

Combat de rue

Même lorsque Vali commence à s’insinuer dans son quotidien, lui demandant de mettre à jour son dossier d’immatriculation ou s’invitant à installer le WiFi chez lui, Pătrașcu laisse faire. Comme une mauvaise conscience ou un double maléfique, celui qui n’était qu’une silhouette croisée dans l’escalier s’invite à sa table et copine avec sa famille. Il revient sur les lieux comme Raskolnikov après son crime. Mais son châtiment n’est ici que périphérique, puisque c’est la culpabilité du témoin qui est scrutée. Pourquoi Pătrașcu ne dénonce-t-il pas ? Cette question, le film l’esquive tout du long, jusqu’à ce que ce soit Vali qui la pose frontalement. La confrontation des deux hommes fait exploser dans une des dernières scènes d’une grande maîtrise, la violence maintenue jusque là dans le hors-champ. Cette violence qui avait métaphoriquement envahi l’espace familial de Pătrașcu lorsque ce dernier trouve en rentrant chez lui, son voisin dans son salon en train de jouer à Street Fighter avec son fils, comme pour annoncer que c’est avec les poings qu’il devrait affronter ses problèmes de culpabilité. Car L’Étage du dessous négocie particulièrement brillamment son virage hors de son réalisme d’apparat, pour atteindre un fantastique larvé, où les enfants deviennent aussi des somnambules à la conscience altérée, criant la nuit pour exorciser leur corps possédé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’étincelante galaxie du cinéma roumain, Radu Muntean n’est probablement pas la plus repérée des étoiles. Voici pourtant quinze ans qu’il œuvre à la trivialité grinçante et à la philosophie absurde par lesquelles cette école roumaine a, depuis une dizaine d’années, forcé les portes de la renommée internationale.

 

Ceci expliquant cela, Muntean est, sans doute, parmi ses pairs, celui à qui importe le moins de se détacher, fût-ce l’espace d’un moment, par un quelconque morceau de bravoure, de cette religion d’airain dédiée à cette épopée quotidienne du sordide made in Roumanie. L’Etage du dessous, son cinquième long-métrage après, notamment, les intéressants Boogie (2008) et Mardi après Noël (2010), ne changera pas la donne d’un iota.

Nous voici donc avec un quinquagénaire en survêtement qui promène son chien, couple quelconque au milieu d’un square quelconque, d’une ville quelconque de Roumanie. Tout pourrait, en un mot, se passer...


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/11/10/l-etage-du-dessous-quand-le-mal-s-immisce-en-bon-voisin_4806313_3476.html#t0ExBByAgCdYsy0T.99

 

 

 

 

 

 

 

Dans Mardi après Noël, son précédent film, Radu Muntean filmait un triangle adultère avec exaltation et sans aucun jugement moral. Le cinéaste roumain reproduit la geste avec la même honnêteté dans L’Étage du dessous, chronique d’un cas de conscience latent empoisonnant peu à peu le quotidien de Pătrașcu. Parce que celui-ci n’a pas réagi lors de la dispute tumultueuse de ses voisins et préféré plus tard garder le silence lors de l’enquête, le remord contamine chaque strate de son espace vital. Pour lui, cette inoculation du regret se matérialise par les multiples apparitions de Vali. Probable projection mentale, ce dernier fait chaque fois irruption de manière brutale au sein des plans séquences. C’est lui qui révèle à Pătrașcu sa position de voyeur lorsqu’il le surprend subitement sur le palier pendant la querelle. Et ce sera encore lui qui lui rappellera inéluctablement son mensonge au commissaire. Outre les scellés de l’appartement - plaie béante - renvoyant au supposé meurtre, devant lesquels passe chaque jour Pătrașcu pour rejoindre son domicile, celui-ci doit affronter symboliquement Vali à plusieurs reprises. En découlent des séquences placées sous le signe de la claustration mentale et physique : c’est le cas du duel psychologique de l’entrée de l’immeuble, de la cage d’escalier, de l’appartement ou encore de la voiture. Une rigueur suscitant l’oppression avec une économie de moyen sidérante, mais frisant trop le systématisme.

 

 

L’intelligence de Radu Muntean reste néanmoins de placer l’étage du dessous - l’espace physique où s’est déroulé l’assassinat - comme la clé de voûte du dilemme moral, le point névralgique de tout un espace mental. Le dysfonctionnement de ce recoin situé à quelques mètres de l’appartement de Pătrașcu remet en cause tout son équilibre psychologique. Le fait de débuter le film avec Pătrașcu trottinant avec son chien tout en illustrant sur son affection pour l’animal, juste avant d’assister impassible ou presque aux prémisses du drame, n’est en rien un moyen de le rendre coupable. Radu Muntean cherche au contraire à suggérer au spectateur de s’identifier au personnage. Dispositif qui fonctionne à merveille, même si l’ensemble se révèle un peu plat et attendu. Reste quelques séquences judicieuses pour souligner comment chacun fait abstraction de sa part d’humanité au quotidien, comme cet instant où Pătrașcu enclenche par inadvertance un jouet pour enfant dans la voiture de l’un de ses clients. Faut-il y voir là encore une parabole politique de l’ère post-Ceausescu ? Peut-être, tant L’Étage du dessous cultive son statut de rejeton de la Nouvelle vague roumaine à tous les niveaux. Cette aridité assez symptomatique de la mise en scène, où le réalisateur s’efface au profit du propos, a le mérite de traiter avec égard et le sujet et le spectateur. Mais manque un grain de folie, quelque chose qui élèverait L’Étage du dessous - et sa conclusion discutable - au-delà du simple archétype conforme aux attentes des festivals étrangers. Gageons que pareil procédé ne devienne pas à terme un simple label.

Interview dde Radu Muntean

Comme dans vos films précédents, vous privilégiez ici des scènes de dialogues surprenantes: les conversations de vos personnages ont l'air superficielles mais elles révèlent toujours une forte tension, comme si chacun craignait de parler de ce qui le travaille réellement. Comment travaillez-vous ce suspens paradoxal?

 

La suite.....

Fiche technique

  • L’Étage du dessous (Un Etaj Mai Jos)
    Roumanie, France, Allemagne, Suède - 2015
    Réalisation : Radu Muntean
    Scénario : Alexandru Baciu, Radu Muntean, Răzvan Rădulescu
    Image : Tudor Lucaciu
    Décors : Sorin Dima
    Costumes : Eliza Frone
    Son : André Rigaut
    Montage : Alexandru Radu
    Musique : Cristian Ştefănescu alias Electric Brother
    Producteur(s) : Dragoș Vilcu, François d’Artemare, Alexander Ris, Anna Croneman
    Production : Multimedia Est, Les Films de l’Après-Midi, Neue Mediopolis Filmproduktion, Bleck Films
    Interprétation : Teodor Corban (Sandu Pătraşcu), Iulian Postelnicu (Vali Dima), Oxana Moravec (Olga Pătraşcu), Ionuț Bora (Matei Pătraşcu), Ioana Flora (Claudia Dima), Tatiana Iekel (Doamna Pătraşcu), Adrian Văncică (Manescu), Vlad Ivanov (Sorin)...
    Distributeur : Épicentre Films
    Date de sortie : 11 novembre 2015
    Durée : 1h33

Site du Film

La lettre de Michel

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