![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
|---|
DHEEPAN Jeudi 24 Septembre 20h30
Soleil de plomb Jeudi 19 Mai 20h30
de Dalibor MATANIC
Synopsis et détails
Soleil de Plomb met en lumière trois histoires d’amour, à travers trois décennies consécutives, dans deux villages voisins des Balkans marqués par une longue histoire de haine inter-ethnique. Soleil de Plomb est un film sur la fragilité – et l’intensité – de l’amour interdit.
Bande Annonce
Soleil de plomb - Extrait 1 -
Soleil de plomb - Extrait 2 -
Critiques

Sous la forme de fragments, correspondant à trois âges des relations serbo-croates, Soleil de plomb met en scène les tensions de deux peuples ennemis confrontés à la pulsion amoureuse qui peut jeter deux personnes l’une vers l’autre. En évitant tout didactisme, Dalibor Matanić réussit un film politique d’une grande sensualité, qui porte un regard charnel sur les Balkans.
Trois états politiques
Les temps qui constituent le film sont interprétés par les mêmes acteurs, incarnant des personnages différents, dans les années 1990, 2000 et 2010. Trois histoires d’amour entre de jeunes gens, qui tournent mal, sont troublées ou au contraire ouvertes, sur un même territoire militarisé, politisé ou apaisé. Ce découpage et cet agencement, qui inversent en permanence les positions entre les acteurs (les nationalités, les caractères, les relations désirant-desiré), troublent un temps la perception des positions de chacun et appuie l’idée d’une situation absurdement tragique. Le film illustre aussi une évolution historique résolument dénouée, une inscription culturelle finale plus hédoniste et européenne, un rapport à l’autre et au groupe moins conflictuel, festif et euphorique.
Trois nuances de chaud
Mieux, le conflit interethnique est filmé dans une incarnation particulièrement sensuelle, un rapport au monde sensible et incarné – et c’est là la véritable force du film. La tension amoureuse s’exprime sous la forme d’une sensualité sourde, d’un étouffement qui serait moins le produit d’une température que d’un tempérament sous pression. On sent la tendresse, l’attraction, ou la répulsion des personnages à de petits détails de mise en scène : une gestuelle un peu plus appuyée, des sons légèrement rehaussés, des peaux plus luisantes qu’à la normale. L’élan intérieur des personnages l’un vers l’autre, étouffé par les frontières politiques, historiques et sociales, se mesure en regards obliques, en embrassades ou en transpiration. Le fragment central en particulier est entièrement construit sur un jeu d’attraction-répulsion, dans le petit huis clos d’une maison rurale à retaper, où la haine et l’interdit nourrissent une pulsion sexuelle d’une intensité rare au cinéma : à l’issue d’une longue observation de l’homme travaillant le bois d’un volet, dans la chaleur d’un intérieur, irritée et excitée par le bruit du ponçage, la jeune femme ne peut retenir son élan et fond littéralement sur lui. Au-delà du face-à-face amoureux, le réalisateur enrobe ses Balkans d’un souffle chaud plus global qui exacerbe l’attention au lieu : un panorama apaisant, la torpeur estivale d’une cabane, la longueur d’une route au soleil - comme si le territoire entier était pétri de cette tension interne qui anime les personnages. Une très belle scène est réinterprétée à trois reprises, celle d’un bain dans un étang, où les corps nus, coupés en deux par la ligne de flottaison, sont déformés d’un côté par l’eau, gonflés de l’autre par le soleil. Ce moment, d’une plénitude suspendue, plastiquement impeccable, est à image du film : suave, fracturé, incandescent.
Trois variations subtiles sur les amours contrariées de jeunes Serbes et Croates.
Le dispositif est singulier : les mêmes (jeunes) acteurs interprètent trois rôles différents dans trois histoires distinctes qui se déroulent à dix années d’intervalle. Le point commun : une histoire d’amour entre deux jeunes gens appartenant à deux communautés de l’ex-Yougoslavie, les Serbes et les Croates. Roméo et Juliette dans les Balkans, en quelque sorte.
Pas d’eau de rose dans ces trois histoires tragiques traitées avec naturalisme. La première se déroule au plus fort de la rivalité entre communautés, au début des années 1990, juste avant la guerre. La tension monte, les milices s’arment. L’aveuglement les mènera à la tragédie.
Passion charnelle
La seconde histoire se déroule dix ans plus tard. La situation a changé, la guerre est terminée mais encore proche, les ravages terribles, on compte les morts dans chaque famille et les survivants se détestent. Mais la passion permettra aux deux amants de s’unir au moins charnellement, puisque les sentiments semblent impossibles à exprimer par des mots.
Dans la troisième et dernière histoire, les raves sont arrivées à Split. Un jeune étudiant vient rendre visite à ses parents qui lui reprochent de ne pas souvent venir les voir. Mais il veut aussi reconquérir la femme à qui il a fait un enfant, mais qui est serbe…
Défilé des saisons
L’idée de raconter l’histoire au travers de l’expression plus ou moins vive et violente des sentiments est jolie, et même plutôt efficace, peut-être un brin théorique. Le traitement de la lumière (l’alternance de scènes de nuit et de jour, le défilé des saisons, la lumière vive de l’été, les clairs-obscurs) est beau et expressif, reflet des sentiments ambivalents des personnages.
Le film a obtenu le prix du jury dans la sélection Un certain regard à Cannes en 2015.
Trois étés, trois époques (1991, 2001, 2011), trois histoires d'amour contrariées par la guerre et la haine interethnique dans un coin de paradis, au bord d'un lac yougoslave.
Dans chaque segment, elle est serbe, il est croate et leurs personnages sont interprétés par les mêmes jeunes acteurs, débutants et incandescents, Tihana Lazovic et Goran Markovic. Une très belle idée, qui apporte unité et continuité à ces couples déchirés. Le procédé a, aussi, l'avantage de rendre homogène ce film à sketchs. Tous sont passionnants, même si l'on a une préférence pour la deuxième idylle, dont la moiteur et la tension sexuelle évoquent un Tennessee Williams des Balkans. — Jérémie Couston
Primé à Cannes mais un peu trop vite oublié depuis, Soleil de Plomb sort le 30 mars dans les salles françaises. Retour sur le dernier petit bijou de Dalibor Matanic.
Souvenir souvenir
Etalé sur trois décennies, le récit de Dalibor Matanic réunit trois nations, Croatie, Serbie, Slovénie. Trois pays, autant de peuples, au cœur du conflit qui ensanglanta les Balkans et déchira l’Europe à la fin du XXème siècle. L’intrigue suit trois générations, trois couples, toujours interprété par le même duo de comédiens. Mise en scène atmosphérique, maturité du discours, comédiens lumineux… Soleil de Plomb séduit autant qu’il impressionne.
Sans jamais adresser la question de la guerre et des massacres frontalement, le métrage parvient à toucher à l’universel, en auscultant les démons de différentes familles ou groupes sociaux. On assiste ainsi à deux topographies jumelles, celle de l’amour, celle de la haine, et comme d’une génération à l’autre, s’avancent leurs pions, s’incarnent leurs enjeux.
Ce pas de deux, tantôt funèbre, tantôt aveuglant, a valu à Soleil de Plomb le Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard. Sélection exigeante, voire auteuriste, cette dernière ne jouit pas toujours de la même exposition médiatique que la compétition officielle ou du même pro-rata de flash sur son tapis rouge. Néanmoins, ses lauréats sont rarement oubliés pour autant.
SILENCE DE PLOMB
On se demande ainsi si le relatif silence autour de l’excellent Soleil de Plomb ne provient pas de notre rapport compliqué à sa toile de fond. En effet, on oublie souvent que la guerre des Balkans aura été une des plus terribles tâches à assombrir la conscience de l’Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale. Démonstration implacable et grotesque de l’impuissance européenne, le conflit dit du Kosovo fut l’occasion pour tous les défenseurs de l’idéal Européen de constater qu’ils n’étaient toujours pas en mesure d’empêcher chez eux la résurgence de la barbarie.
Le film en devient ainsi d'autant plus important que comme ne l'indique pas son titre, la lumière qui le nimbe éclaire plus qu'elle n'écrase. Car Soleil de Plomb se veut aussi un film guérisseur, qui en dévoilant les maux, en identifiant les tensions, nous met face à la néessité de les dépasser. Loin de tout moralisme facile et souvent d'une belle finesse, le film de Dalibor Matanic provoque, malgré sa grande tension, la gravité des faits qu'il relate, une forme de soulagement nécessaire et intense.



Fiche technique
Soleil de plomb
-
-
(Zvizdan)
-
-
Croatie, Serbie, Slovénie
-
-
- 2015
-
Réalisation: Dalibor Matanić
-
Scénario:
Dalibor Matanić
-
Image:
Marko Brdar
-
Décors:
Mladen Ožbolt
-
Costumes:
Ana Savić Gecan
-
Son:
Julij Zornik, Mladen Pervan
-
Montage:
Tomislav Pavlic
-
Musique:
Alen Sinkauz, Nenad Sinkauz
-
Producteur(s):
Ankica Jurić Tilić
-
Production:
Kinorama, Gustav Film, SEE Film Pro
-
Interprétation:
Tihana Lazović (Jelena / Nataša / Marija), Goran Marković (Ivan / Ante / Luka), Nives Ivanković (la mère de Jelena / la mère de Nataša), Dado Ćosić (Saša), Stipe Radoja (Božo / Ivno), Trpimir Jurkić (le père d’Ivan / le père de Luka), Mira Banjac (la grand-mère d’Ivan), Slavko Sobin (Mane / Dino), Lukrecija Tudor (Dinka), Tara Rosandić (Petra), Ksenija Marinković (la mère de Luka)
-
Distributeur:
Bac Films
-
Date de sortie: 30 mars 2016
-
Durée: 2h03









