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DHEEPAN   Jeudi 24 Septembre  20h30

L'économie   du couple                   Jeudi  15 Septembre 20h30

de Raymond Depardon

Bande Annonce

Synopsis et détails

Issue d'une famille riche, Marie a épousé Boris, avec qui elle a eu deux filles. C'est lui qui a réalisé la grande majorité des travaux de la maison qu'elle a achetée. Un jour, s'étant éloignés l'un de l'autre, ils décident de divorcer. Marie souhaite récupérer la bâtisse, dont elle est officiellement la propriétaire. Mais Boris, faute de moyens, ne parvient pas à trouver un autre logement. Il décide donc de rester sur place. La cohabitation est difficile et chaque jour plus tendue. Les disputes sont incessantes. Marie ne supporte plus l'attitude infantile et ingérable de son ex-mari et Boris ne pardonne pas à Marie de l'avoir quitté...

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Critiques

Critique lors de la sortie en salle le 10/08/2016

Par Pierre Murat

Ils y ont vécu heureux. Longtemps. C'est là que sont nées leurs jumelles chéries... Sur le point de divorcer, ils se font face dans le salon de cette villa qu'ils se ­disputent, aujourd'hui, pas même conscients d'être vaguement ridicules, et même méprisables, avec leurs arguments procéduriers... Elle lui propose un tiers. Un tiers de la valeur de la maison, à condition qu'il parte immédiatement, qu'il s'en aille vivre ailleurs sa vie de joueur irresponsable, loin d'elle et des filles... Lui en veut la moitié. Mais la maison est à elle, s'indigne-t-elle, elle l'a achetée, jadis, avec l'argent de sa mère, alors que lui n'avait pas un radis. Oui, mais qui lui a donné son lustre, à cette maison, qui l'a embellie, l'a transformée au point de faire doubler sa valeur marchande ? Lui, avec ses dons d'architecte et son talent de décorateur. Il exige sa part : la moitié ou rien.

Alors, dans ces lieux immobiles qui semblent les narguer par leur douceur, Marie (Bérénice Bejo, dans son meilleur rôle, de loin) et Boris (Cédric Kahn, impec en charmeur infantile) restent ensemble. Lui, exilé dans une chambrette, comme le parent pauvre qu'il n'a jamais cessé d'être. Elle, butinant dans les autres pièces, telle une abeille affairée à faire ce qu'elle doit : s'occuper des jumelles, d'abord. Mais aussi rapporter le fric que l'autre n'a jamais été fichu de gagner... Généralement, lorsque la passion est morte, on se partage les enfants et les meubles. Le titre de Joachim Lafosse l'indique : c'est son économie que se dispute le couple. Sa part de marché réciproque. Ce n'est pas : « Je veux ci », mais « Je vaux ça ». C'en est terrifiant.

Dans leur cohabitation forcée, presque comique, chaque détail est réglé au millimètre : les jours où, revenue tôt du boulot, Marie s'occupe des filles, Boris ne peut rentrer dans sa tanière qu'après 23 heures. Et le grand frigo, qui trône dans le salon, est divisé en deux. Gare à Boris s'il mange, par inadvertance, du fromage dans la ­partie qui n'est pas la sienne : « Écoute, je veux bien être cool, mais il y a des limites. Tu arrêtes de manger la bouffe des filles »... Ce n'est même plus le désamour que cerne le cinéaste, mais l'anamour, façon Gainsbourg. Marie et Boris se sont aimés, c'est évident : chaque regard l'atteste, chaque reproche le prouve. Mais c'est leur passion passée qui nourrit la rancoeur d'aujourd'hui. « Sa manière de marcher, de se tenir, tout en lui m'exaspère. Il me rend dingue. Je ne peux plus être dans la même pièce que lui, je ne peux plus le regarder, je ne sais plus le regarder, j'ai l'impression que je ne l'ai jamais regardé de ma vie. »

On est au-delà du mépris de Bardot dans le film de Godard. Et pas encore dans la haine d'Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Woolf ? Dans un entre-deux que le réalisateur filme comme un chorégraphe : ses deux personnages vont, viennent, prisonniers d'un espace qu'ils ne peuvent quitter ni l'un ni l'autre. Et la caméra qui les suit, qui les frôle, presque, souligne leur errance désordonnée, répétitive, obsessionnelle. Comme en témoigne ce plan séquence magnifique — totalement inutile à l'action, donc magnifique — où elle, d'abord, lui, ensuite, traversent l'appartement pour se servir à boire et vont s'asseoir l'un derrière l'autre, silencieux, sans se comprendre, ni se déprendre. « Autrefois, dit celle que nul n'écoute, la mère de Marie (Marthe Keller), on savait réparer : les chaussettes, les frigos. Maintenant, dès qu'il y a un problème, on jette. Pareil dans le couple : plus de désir, on jette ! »

Constamment fluide, aérienne, la mise en scène se fige brutalement lors des moments où le réalisateur semble compter, un à un, les coups qu'échangent ses personnages. Notamment lors de cet étrange dîner entre amis qu'a organisé Marie. Boris n'est pas ­invité, bien sûr, mais il survient, exactement comme elle l'avait — secrètement — prévu. Il s'incruste, alors, apparition indésirable qui semble jouir de la gêne que sa seule présence suscite. La référence à A nos amours est aveuglante et revendiquée. Maurice Pialat rôde toujours chez Joachim Lafosse, qu'il filme une femme amenée à l'infanticide (A perdre la raison), un ado philosophiquement et sexuellement initié par un trio pervers (Elève libre).Ou — tiens donc, déjà — un cul-de-sac familial, avec maison à vendre et père interdit de séjour (Nue propriété, avec Isabelle Huppert, en 2006)...

A chaque fois, ce qu'il détaille, c'est la perte du libre arbitre chez un individu, lentement cerné par des forces qui l'entravent, puis le paralysent. Il s'agit alors de résister ou de se perdre. Comme tous les films du cinéaste, L'Economie du couple est un thriller moral. — Pierre Murat

 

 

 

Il faut reconnaître à Joachim Lafosse une certaine constance dans sa filmographie. Comme nous l’avions souligné lors de la sortie de ses Chevaliers blancs, la figure de l’enfant a toujours été une obsession profonde, jusqu’à produire, surtout depuis À perdre la raison, un certain malaise. C’est d’ailleurs à ce film charnière dans le parcours du cinéaste que fait songer de prime abord sa nouvelle œuvre présentée à la Quinzaine des Réalisateurs : on y retrouve un couple en crise, ici déjà séparé mais contraint par les contingences financières à vivre ensemble dans un climat pour le moins anxiogène. La maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants a certes été achetée par Marie (Bérénice Béjot) mais a été retapé de fond en comble par Boris (Cédric Kahn)... d’où le dilemme de partage des biens, les époux n’arrivant pas à trouver un terrain d’entente sur la répartition du montant de la vente à venir. Il ne sera d’ailleurs jamais réellement question de la garde des enfants une fois la séparation actée. Les deux jeunes filles sont reléguées à de simples variables d’ajustements de l’intensité des scènes. Leur présence se justifiera par ailleurs dans un climax final démontrant l’arbitrarité surplombant tout le film qui se prétend pourtant de la « fameuse » justesse du réalisme.

L’Économie du couple porte d’ailleurs bien son titre tant il ne sera question que de cela : une conception purement financière des relations humaines où le moindre échange ne se conçoit qu’à l’aune de négociations pécuniaires – échanges dont le film fait son sel en répétant inlassablement le même rapport de forces dans cet habitat que le cinéaste ne quittera qu’aux ultimes minutes du film. Car, ce qui consterne, au-delà de la répétition interminable du même dispositif de discussion, c’est la condamnation sans appel du personnage de Marie, Lafosse prenant ouvertement parti pris par sa mise en scène pour le personnage incarné par Cédric Kahn : Marie serait une rentière bien-née et entourée par ses amis là où Boris serait la représentation de l’homme arrachant à la sueur de son front les conditions de sa survie solitaire... D’où, de fait, le constat parcourant le film que tout discours provenant de Marie est automatiquement stoppé net dans son élan puisque ramené en permanence à sa condition sociale – constat scénaristique prolongé par le cadre de Lafosse donnant la part belle (et donc l’autorité légitime) à Cédric Kahn. Il faut voir la complaisance de la scène où Boris débarque au milieu d’un repas que Marie a organisé avec des amis, Lafosse n’hésitant à vouloir rejouer littéralement la séquence du dîner d’À nos amours où Pialat apparaît pour régler ses comptes – Kahn cite même le film en maugréant aux convives « C’est vous qui êtes tristes ! ». Sauf que Pialat savait autrement construire des blocs de durée et ne cantonnait pas ses personnages à des archétypes de victime pleurnicheuse ou de durs à cuire au cœur tendre. Il faudra attendre la toute fin de L’Économie du couple pour entériner hélas la terrible dérive du cinéma de Lafosse, où est dictée en voix-off l’audience du tribunal concernant les conditions de séparations des bien, et réaliser que son film ne consiste en fait qu’en une petite procédure administrative de plus.

 

 

 

 

 

 

 

Avec l’Economie du Couple, Joachim Lafosse livre un film à l’écriture parfaite. Il enferme ses personnages dans un huis clos et leur fait vivre un enfer au paradis. On ne quitte pas ce très bel appartement entièrement rénové, objet de la discorde. Le réalisateur arrive à donner au film une tension dramatique provoquant un malaise constant chez le spectateur.

Joachim Lafosse tire une réelle force en mettant en scène une situation simple, qui se veut inextricable. A aucun moment, le réalisateur ne prend parti pour l’un ou l’autre de ses personnages. Spectateurs, on est également bien embêtés trouvant que Boris abuse lorsqu’il s’incruste lors d’un diner organisé par Marie avec ses amis. A l’inverse, c’est cette dernière qui est peu intolérante sur les jours de garde des enfants.

L’Economie du Couple : 4 rôles principaux

© Fabrizio Maltese

 

Bérénice Béjo est douce et passionnelle. On ne l’a jamais vue à un tel niveau d’intensité dans son jeu d’actrice. Elle est comme blessée par des démons intérieurs sans tomber dans la démesure. Elle pleure beaucoup, crie souvent mais est paradoxalement extrêmement touchante. On sent que l’actrice joue avec passion.

Cédric Kahn interprète un être plus froid, qui est davantage laxiste sur les règles et pas toujours très ordonné dans ses idées. Il est le pendant contradictoire de Bérénice Béjo qui est dans la totale maîtrise. Ensemble, ils forment un duo attachant, qu’on a peine à voir se déchirer.

© Fabrizio Maltese

 

Mais l’Economie du Couple est avant tout une famille ! Ces deux filles, interprétée Jade Soentjens et Margaux Soentjens, sont les soeurs nourricières de l’intensité du film. Elles font l’objet de toutes les attentions, y compris de celles du spectateurs qui ne désirent que leurs bien-être.

Elles sont drôles et captivantes. On retiendra une scène du film où les deux jeunes filles dansent sur Bella de Maitre Gims. Elles entrainent leurs parents dans cette danse exécutoire, comme une pause libératoire au propos grave de l’histoire. A ce moment, Joachim Lafosse nous propose une définition simple de ce qu’est le bonheur familial : un moment de partage.

Un témoignage sociologique

© Fabrizio Maltese

 

Derrière ce conflit autour de la séparation, l’Economie du couple peut parfois être priscomme un témoignage sociologique. La mère de Marie évoque à juste titre la superficialité des couples d’aujourd’hui, qui a la première difficulté divorcent.

Quelques malheureux éléments font rater la perfection à Joachim Lafosse. En effet, on sent qu’il a dû mal à terminer son film. Au lieu de l’amener en douceur vers une fin dont on se doute de l’issue, le réalisateur préfère tomber dans le sensationnel perdant un peu de crédibilité.

De même, le film ouvre des portes que le cinéaste oublie de refermer comme le lien qu’entretient Boris avec les délinquants du quartier.

Ces quelques défauts ne viendront pas noircir une oeuvre méritante qui est un beau travail d’orfèvre scénaristique.

 

 

 

 

On dirait le titre d’un « Que sais-je ? » et Joachim Lafosse se tient à la démarche scientifique qu’il évoque. L’Economie du couple est l’anticomédie romantique par excellence, un film sec, nourri de l’observation au microscope d’une cellule familiale. Il y a bien sûr une petite torsion de la réalité qui rend la vision du film plus que supportable, excitante : ce sont les acteurs, ces sujets définitivement rebelles à l’analyse scientifique. Bérénice Bejo et Cédric Kahn – réalisateur qui se découvre un talent d’acteur sans cesse croissant – auraient pu jouer dans une comédie romantique, ils sont largement assez séduisants pour ça. Ici ils se consacrent avec abnégation à la tâche qui leur est assignée : incarner la désintégration d’un couple par l’argent.

Marie et Boris vivent ensemble depuis quinze ans, ils ont eu deux filles. Elle est universitaire, de bonne famille (sa mère est Marthe Keller), il est… Eh bien, on ne sait pas bien ce qu’il est. Ce qu’on saura – Boris ne se prive jamais de le rappeler –, c’est qu’il a aménagé de ses mains le bel appartement sur jardin dans lequel lafamille s’est épanouie avant de se décomposer. Mais les murs, le terrain appartiennent à Marie. Et maintenant qu’ils veulent se séparer, il faut procéder au partage. Un tiers pour Boris, le reste pour Marie, ou moitié-moitié ? L’expérience apprend qu’il faut des mois, souvent des années pour arriver à la réponse. Joachim Lafosse y parvient en un film.

Effroi silencieux

Il le fait en suivant de près ses personnages, sans jamais sortir de la maison. Le scénario (qu’il a écrit avec Mazarine Pingeot et Fanny Burdino) pratique la rétention d’information avec virtuosité. La caméra se faufile de pièce en pièce, saisissant l’effroi ­silencieux des petites filles devant la violence verbale de leurs parents, les moments de lassitude qui s’abattent sur chacun des combattants.

Chacun de leur côté, les acteurs semblent implorer le spectateur de prendre leur parti, comme les personnages le font avec les amis du couple défait. On peut s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à s’immerger dans une expérience aussi commune, si souvent filmée. Il ne s’agit pas ici de porter le trivial au sublime, mais d’attirer le regard sur un des mécanismes les plus communs à l’œuvre dans la fin des couples, l’inégalité économique. Cette ambition est satisfaite.

 

 

 

 

 

 

Après s’être égaré dans les sables du désert tchadien avec Les Chevaliers blancs sorti en début d’année, Joachim Lafosse revient à son sujet de prédilection : la famille et ses tourments. 
On pénètre directement dans le quotidien de Marie. Elle rentre chez elle avec ses deux filles qui sortent de l’école. Goûter, devoirs, préparation du repas, tout s’enchaîne joyeusement jusqu’à l’irruption du père dans cet univers bien huilé. Marie lui reproche de venir de manière impromptue et en plus de s’incruster. Car Boris, dont elle est séparée, ne parvient pas à trouver de logement. Réalité économique moderne : autrefois, les couples restaient ensemble pour des raisons morales, aujourd’hui, à l’heure des loyers hors de prix, les finances contraignent à la cohabitation forcée. L’intérêt du cinéaste ne se porte pas sur les relations d’un couple. On ne sait pas pourquoi ils se séparent, ni ce que fut leur vie auparavant et ce n’est pas là le sujet.

Copyright : Fabrizio Maltese

Sur fond de trame sociale, il préfère disséquer sans pathos, ni hystérie mais avec une froideur minutieuse ce conflit symbolisé par l’argent, catalyseur de leurs frustrations respectives. Marie est une femme énergique et organisée, peut-être même un peu rigide. Elle vient d’une famille aisée, elle travaille. Elle est proche de sa mère même si les deux femmes n’ont pas la même vision de la vie. On peut imaginer qu’elle s’est lassée de cet homme indécis et sans réelle activité professionnelle. Elle ne manque pas une occasion de l’humilier financièrement : les chaussures de foot qu’il promet en vain d’acheter à sa fille, la nourriture qu’il prélève dans le frigidaire, et enfin leur logement qu’elle a payé de ses propres deniers et dont il revendique la propriété comme une compensation à la fin de leur amour. Cette maison au décor bourgeois et sobre constitue un personnage à part entière. A part la scène de fin, la totalité du film s’y déroule. Progressant par étapes, le réalisateur laisse ses personnages se perdre petit à petit dans ce huis clos restreint.

copyright Fabrizio Maltese

Tout se passe entre la cuisine, la salle à manger et le salon. La chambre des parents, symbole d’un passé révolu, est quasiment inaccessible. Par la grande baie vitrée, on aperçoit la cour, seul appel d’air dans cet espace d’enfermement. Faisant le choix d’une mise en scène oppressante, il les regarde se démener avec leurs armes tout en gardant une distance impartiale. Grâce au parti pris de longs plans-séquences fluides, on suit sans s’ennuyer les mouvements et les réactions de ce couple incarné par une Bérénice Bejo toute en nuance, nous distillant avec justesse toute la palette des sentiments de la colère à la tristesse et bien plus encore de la détresse face à son enfant en danger et un Cédric Kahn, plus connu pour ses réalisations, qui confirme ici son talent d’acteur dans la peau de ce personnage attachant et attendrissant en père malheureux. Et puis, il serait injuste de ne pas mentionner l’importance du rôle des jumelles. Parfaitement dirigées, elles rappellent les jours heureux de cette famille et leur répartie, authentique, est une véritable bouffée d’oxygène au milieu du bourbier conjugal. 
Il faudra finalement l’intervention de la loi pour que tout ce petit monde retrouve sa sérénité. Réjouissant car on s’est attaché à cette famille éclatée qui n’est pas loin de ressembler à une famille formidable.

 

 

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2016, L'économie du couple, incarne à la perfection la ligne claire d'un cinéma d'auteur académique qui hante année après année les couloirs du festival de Cannes. Énième drame bourgeois mâtiné de lutte des classes, le septième long métrage du belge Joachim Lafosse ne dévie jamais du scénario attendu installé dès les premières minutes à grand renfort de répliques assassines toutes droit sorties d’une célèbre parodie de Groland sur le cinéma français.

 

« Dans le frigo y’a un compartiment pour toi et un compartiment pour nous,
tu arrêtes de manger la bouffe des filles »

Madame Bourgeoise et Monsieur Prolo s’affrontent autour de la maison familiale avec au milieu de la difficile équation deux petites filles, ingrédient idéal pour ramener au sein du récit un peu de compassion envers deux personnages profondément égoïstes et têtes-à-claques. Entre hystérie et claquements de portes le dialogue ne se conçoit que dans la négation de l'autre. Scène après scène, Lafosse enferme ses acteurs dans une série d’échanges stériles et pauvrement dialogués. Confiné dans le rôle ingrat de l’hystérique de service, Bérénice Bejo fait du mieux qu’elle peut pour défendre un personnage que le réalisateur s’évertue à rendre détestable.

L'objet de la discorde, la maison financée par l’héritage de Madame et construite à la sueur du front de Monsieur, n’est jamais mis en valeur par la mise en scène de Lafosse qui préfère filmer en longue focale d’interminables conversations sur la répartition financière du bien entre les deux tiers.

Daté et convenu, L'économie du couple peine à masquer l'absence totale d’inspiration d'un certain cinéma d'auteur européen qui cherche maladroitement ses marques entre le cinéma de Maurice Pialat et de John Cassavetes. A l'image de son affiche qui singe les dessins d'un enfant, le film de Lafosse est celui d'un cinéma qui n'a pas atteint l'âge de la puberté mais se rêverait déjà grand.

Pierre Giliet

Fiche technique

  • Belgique, France - 2016

  • Réalisation : Joachim Lafosse

  • Scénario : Mazarine Pingeot, Fanny Burdino, Joachim Lafosse, Thomas Van Zuylen

  • Image : Jean-François Hensgens

  • Directeur artistique : Olivier Radot

  • Costumes : Pascaline Chavanne

  • Son : Marc Engels, Ingrid Simon, Valérie Le Docte, Thomas Gauder

  • Montage : Yann Dedet

  • Producteur(s) : Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart, Sylvie Pialat, Benoît Quainon

  • Production : Versus Production, Les Films du Worso, RTBF

  • Interprétation : Bérénice Bejo (Marie), Cédric Kahn (Boris), Marthe Keller (Christine), Jade Soentjens (Jade), Margaux Soentjens (Margaux)

  • Distributeur : Le Pacte

  • Date de sortie : 10 août 2016

  • Durée : 1h40

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JOACHIM LAFOSSE

Joachim Lafosse est né en 1975 à Bruxelles. Diplômé de l’IAD, il réalise en 2004 son premier long métrage Folie privée, sélectionné en compétition à Locarno. En 2006, il réalise deux long métrages, Ça rend heureux (en compétition à Locarno et Grand Prix du Jury du Festival Premiers Plans d’Angers) et Nue Propriété avec Isabelle Huppert (en compétition à Venise). En 2007 est tourné Élève libre qui sera présenté l’année d’après à La Quinzaine des Réalisateurs. Joachim Lafosse voit sa carrière monter en puissance de film en film, comme en témoignent la reconnaissance nationale et internationale obtenue par À perdre la raison (sélection à Un Certain Regard, où Emilie Dequenne remporte le Prix d’interprétation féminine). En 2015, il réalise Les Chevaliers blancs servi par un prestigieux casting (Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli et Reda Kateb) et présenté à Toronto et à San Sebastian (Prix du meilleur réalisateur). 

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