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DHEEPAN Jeudi 24 Septembre 20h30
Fatima Jeudi 26 Novembre 20h30
de Philippe Faucon
Bande Annonce
Synopsis et détails
Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu'il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.
A Ecouter
Critiques

Il y a trois ans, La Désintégration racontait comment de jeunes Français de confession musulmane pouvaient, à force d'être rejetés par la société dans laquelle ils avaient grandi, basculer dans le fanatisme religieux et le terrorisme. Une fiction devenue triste réalité en janvier dernier... L'échec de l'intégration serait-il donc une fatalité ? Pas forcément, répond Philippe Faucon dans son nouveau film tourné dans la banlieue de Lyon. Fatima est le portrait d'une femme de ménage d'origine marocaine, prête à tous les sacrifices pour offrir à ses filles les études dont elle a été privée. Une chronique aussi solaire et tendre que La Désintégration était sombre et âpre... Le réalisateur connaît trop bien les cités dites « sensibles » et le sort réservé à la communauté maghrébine pour verser dans un optimisme béat. Dans Fatima, une propriétaire prétexte un problème de clés pour ne pas faire visiter son appartement à deux jeunes filles arabes. Et une grande bourgeoise laisse traîner de l'argent pour tester l'honnêteté de son employée de maison... Scènes glaçantes qui rappellent le racisme subi au quotidien par nombre de minorités dans la France où Marine Le Pen progresse. Fatima, quadragénaire née au bled, fait partie de ces individus « invisibles » que la société ignore, alors qu'ils lui sont indispensables.
Les cadres épurés du cinéaste, son utilisation de la profondeur de champ soulignent la solitude de cette mère courage, écartée du monde en raison de son foulard, de son travail ingrat qui la contraint à vivre en horaires décalés. Et surtout de son ignorance du français. Comment Fatima pourra-t-elle surmonter la barrière d'une langue qui, en plus de l'handicaper dans sa vie quotidienne, la coupe de ses propres enfants ? Comment va-t-elle trouver les mots pour expliquer à sa cadette, collégienne en rupture, qu'elle comprend sa colère d'adolescente, humiliée d'avoir une mère qui « lave la merde des autres » ? C'est l'enjeu dramatique de ce mélo social débarrassé de tout pathos, où la gravité n'exclut pas l'humour : euphorisantes scènes de drague entre ados, où Philippe Faucon rappelle qu'il est l'un des cinéastes les plus doués pour saisir la fougue et les indécisions de la jeunesse. Du beau visage las de Soria Zeroual, superbe interprète de Fatima, émanent une délicatesse, une humanité qui illuminent le film. Philippe Faucon a rarement filmé ses personnages avec une telle douceur. Une telle admiration... —
Samuel Douhaire
Il est tentant, tout d’abord, de voir en Fatima un antidote au poison que seraitDheepan et d’opposer en tous points leur vision du monde et du cinéma : la douceur, la discrétion ou la complexité du film de Philippe Faucon face à la brutalité, l’arrogance ou l’arbitraire de la récente Palme d’Or. Il est en effet toujours rassurant de constater qu’il existe encore, au sein du cinéma français, des films qui, comme Fatima, ne foncent pas tête baissée (et yeux fermés) dans leurs certitudes sociétales mais cherchent sur le même terrain, avec patience et intelligence, à démonter des systèmes établis de représentation et décident de creuser, avec tout autant d’humilité, une voie privilégiant, face à une certaine âpreté frontale du monde, la compréhension et la bienveillance. Acte et choix pour le moins courageux dans lequel il ne faudrait voir aucun signe de naïveté complaisante ou de pathos déplacé mais plutôt un acte délibéré visant à conférer à leurs personnages une force inhabituelle qui permet à ces œuvres de faire exploser les cadres sociologiques qui leur servaient de première structure narrative. En somme, des films qui seraient débordés par leurs interprètes qui, eux-mêmes, ne se réduiraient pas à ce que charrie l’environnement social de leur personnage. En cela, le cinéma de Philippe Faucon assume lucidement cette résolution depuis plus de 25 ans et dénote particulièrement par la constante profondeur de son regard sur la France.
Terreau lumineux
Entre son premier film L’Amour (au titre pour le moins prémonitoire) réalisé en 1990 et Fatima, son dernier long métrage en date, le cinéaste français, né au Maroc, n’aura ainsi eu de cesse de concevoir les paradoxes et les ambivalences de la société française, notamment vis-à -vis de son histoire migratoire, comme une matrice fictionnelle féconde dans laquelle s’originent moins des conflits à vifs que la reconfiguration de crispations contemporaines et l’établissement d’un terreau vivifiant capable de faire émerger des singularités – et non pas s’attacher à créer des meutes ou des bandes indiscernables comme chez Audiard. Singularités que façonnait déjà Faucon dans Sabine en 1992, Samia en 2000 ou encore Dans la vie en 2007 : en se focalisant (mis à part avec La Trahison et La Désintégration) sur des parcours de femmes, jeunes ou âgées, et principalement d’origine étrangère, il a tracé, par une approche délicate de leur quotidien, les contours d’une zone de recherches philosophiques – le rapport à l’Autre – et philologiques – la question du langage est ici fondamentale – qui ne se conçoit pas sans être aussi un art aigu du portrait où le visage serait, tel un aimant pour la caméra, le centre nerveux d’une mise en scène qui vise l’enregistrement de ses mille mouvements et réflexions.
Fatima ne déroge pas à la règle mais en approfondit la discrète ampleur en tentant, au sein d’un seul et même film, d’articuler les différents profils que Faucon a pu dessiner au gré de sa filmographie. Se combine ainsi ici trois « générations » de femmes : Fatima, femme de ménage et mère courage, élève ses deux filles, Nesrine et Souad, respectivement en première année de médecine et collégienne. Maîtrisant encore mal le français, Fatima vit difficilement cette séparation par la langue au sein de la société et cette barrière de communication qui grève sa vie familiale. Pour pallier cette frustration, elle écrit quotidiennement des pensées dans sa langue natale dans un journal intime – séquences qui ponctuent régulièrement le film et donne à entendre une voix et une pensée d’une belle lucidité mélancolique mêlée à une obstination désarmante. Se déploie alors un montage d’une étrange fluidité progressive (un dialogue commencé par deux personnes dans un plan se poursuit avec d’autres protagonistes dans le suivant), effet collatéral d’une épure tant cinématographique que scénaristique. Épure que Faucon développe dans sa démarche rivée à l’action et la parole (même intérieure) de ses personnages. Contre un naturalisme de façade, ne se constituent ici que des micro-événements, des faits –a priori – à faible densité dramatique, qui démontrent paradoxalement l’attention précieuse que confère le cinéaste au quotidien ordinaire de ses protagonistes. Que le film se refuse, comme point final, à un fatalisme attendu et bien-pensant est la poursuite d’une démarche qui se veut discrètement politique, à l’image de cet adage : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. » On pourrait légitimement craindre une certaine sécheresse narrative, voire une platitude des faits ou des situations mais c’est sur ce point que se révèle la généreuse beauté du regard de Faucon. Ouvert, son film laisse venir devant la caméra les fêlures de chacun, ces interstices douloureux qui, en quelques mots, disent tout d’une vie.« Fatima est femme de ménage dans un quartier de Lyon. Elle est séparée de son mari et habite seule avec leurs deux filles, âgées de 15 et 18 ans. Elle maîtrise mal le français, qu’elle continue d’apprendre aux cours d’alphabétisation, entre ses journées de travail. Elle vit avec frustration cette séparation par la langue avec ses filles, nées en France.Fatima est également habitée par la crainte que ses filles ne puissent connaître autre chose que le parcours de relégation sociale qui a été le sien… »Trois femmes d’origine maghrébine de la même famille, avec un rapport différent à la France, sa langue et sa société. Au courage de la mère, prête à travailler jusqu’à l’épuisement pour garantir un avenir à ses filles, répondent deux types de réactions, deux formes de rage de la part de ces dernières : saisir la chance qu’offre le système éducatif républicain pour s’élever dans la société et échapper à la discrimination (y compris celle de sa propre communauté qui a des idées bien arrêtées sur le rôle et la place des femmes), où laisser sa mauvaise humeur saborder tout espoir de réussite. Nasserine l’aînée bosse comme une folle pour réussir des examens en fac de médecine tandis que Souad, révoltée et défaitiste, n’en fout pas une au lycée. Deux visages d’une jeunesse d’aujourd’hui, sous le regard d’une mère qui n’est qu’amour et dévotion.
« Fatima est femme de ménage dans un quartier de Lyon. Elle est séparée de son mari et habite seule avec leurs deux filles, âgées de 15 et 18 ans. Elle maîtrise mal le français, qu’elle continue d’apprendre aux cours d’alphabétisation, entre ses journées de travail. Elle vit avec frustration cette séparation par la langue avec ses filles, nées en France.
Fatima est également habitée par la crainte que ses filles ne puissent connaître autre chose que le parcours de relégation sociale qui a été le sien… »
Trois femmes d’origine maghrébine de la même famille, avec un rapport différent à la France, sa langue et sa société. Au courage de la mère, prête à travailler jusqu’à l’épuisement pour garantir un avenir à ses filles, répondent deux types de réactions, deux formes de rage de la part de ces dernières : saisir la chance qu’offre le système éducatif républicain pour s’élever dans la société et échapper à la discrimination (y compris celle de sa propre communauté qui a des idées bien arrêtées sur le rôle et la place des femmes), où laisser sa mauvaise humeur saborder tout espoir de réussite. Nasserine l’aînée bosse comme une folle pour réussir des examens en fac de médecine tandis que Souad, révoltée et défaitiste, n’en fout pas une au lycée. Deux visages d’une jeunesse d’aujourd’hui, sous le regard d’une mère qui n’est qu’amour et dévotion.De films en films, réalisés pour le cinéma ou la télévision, Philippe Faucon construit une œuvre trop discrète mais remarquable dont l’honnêteté et l’intelligence finiront par s’imposer dans le paysage du cinéma français contemporain. La plupart de ses films s’intéressent à l’immigration maghrébine dans notre pays, souvent au travers de portraits féminins, avec quelques entorses à la règle.La Trahison (2004) est l’un des rares films récents à parler – bien – de la Guerre d’Algérie tandis que La Désintégration (2011) étudiait avec lucidité le phénomène de l’endoctrinement islamiste dans les cités. A chaque fois Faucon prend soin de ne pas se répéter, d’éviter les lieux communs et les généralités. Fatima ne parvient pas à s’exprimer correctement en français, en éprouve un sentiment de honte et d’infériorité. Le soir elle tient un journal intime écrit en arable où éclatent toute sa sensibilité et la finesse de sa compréhension des choses. Fatima est une nouvelle et éclatante réussite qui dispense des petits miracles de vérité grâce à une mise en scène et une écriture qui savent allier réalisme et stylisation. La mise en scène de Faucon se construit autour des ses personnages féminins, leur façon de parler et de se comporter dans la vie. Faucon dirige au mieux des comédiennes non professionnelles placées dans des situations à la fois ordinaires et primordiales. Le film conte une histoire simple et très émouvante qui pose les questions de la transmission et des origines (savoir d’où on vient) et de la possibilité de s’extraire d’une sorte de déterminisme communautaire et socioculturel (savoir où on veut aller) grâce au système républicain de l’éducation nationale. Le cinéaste parvient à transcender les qualités sociologiques de son film en procédant par de subtils effets de distanciation et d’humour qui mènent à la grâce. Cinéaste humaniste mais sans illusions, sensuel mais sans insistance, Philippe Faucon est peut-être le plus crédible héritier de Maurice Pialat, en plus doux, et de Jean Renoir, en plus inquiet (époque oblige).


Faut-il aller voir "Fatima" de Philippe Faucon ?
Fiche technique
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Fatima
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France -
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2015
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Réalisation: Philippe Faucon
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Scénario: Philippe Faucon d'après: les livres de: Fatima Elayoubi
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Image: Laurent Fénart
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Costumes: Nezha Rahil
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Son: Thierry Morlass-Lurbe
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Montage: Sophie Mandonnet
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Musique: Robert Marcel Lepage
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Producteur(s): Philippe Faucon, Yasmina Nini-Faucon, Serge Noël
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Production: Istiqlal Films, Arte France, Possibles Média
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Interprétation: Soria Zeroual (Fatima), Zita Hanrot (Nasserine), Kenza Noah Aïche (Souad)...
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Distributeur: Pyramide
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Date de sortie: 7 octobre 2015
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Durée: 1H19
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