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DHEEPAN   Jeudi 24 Septembre  20h30

D'une pierre deux coups                               Jeudi 2 Juin 20h30

de Fejria Deliba

Bande Annonce

Synopsis et détails

 

 

Zayane a 75 ans. Depuis son arrivée en France, elle n’a jamais dépassé les frontières de sa cité. Un jour elle reçoit une lettre lui annonçant le décès d’un homme qu’elle a connu, autrefois, en Algérie. Le temps d’une journée, elle part récupérer une boite que le défunt lui a légué. Pendant son absence, ses onze enfants se réunissent dans son appartement et découvrent un pan de la vie de leur mère jusque-là ignoré de tous…

 

Extrait 1 - 

A Ecouter

Critiques

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En faisant le portrait d’une Algérienne de cinquante ans, en France, mère de famille, travailleuse et peu éduquée, la réalisatrice Fejria Deliba se place à première vue sur le terrain conquis il y a quelques mois par le très délicat et juste film de Philippe Faucon, Fatima. En apparence seulement, car D’une pierre deux coups nage en réalité dans d’autres eaux, loin du travail sur l’intégration et le biculturalisme mené par Faucon depuis des années, bien plus proche de la chronique familiale ou d’une enquête sur la vie de jeune fille d’une femme que ses enfants ne connaissent que comme mère. À la manière du film Des Apaches de Nassim Amaouche, sorti il y a quelques mois, le film chronique une minorité de biais, par une dramaturgie propre, des enjeux familiaux mystérieux, et un travail de reconstitution biographique mené par un personnage extérieur (ici, les onze enfants). Bien qu’un peu maladroit par moments, notamment dans sa recherche d’un ton comique, D’une pierre deux coups n’en demeure pas moins étonnamment touchant et bien pensé.

Une correspondance algérienne

Le drame commence lorsque Zayane reçoit une lettre qui lui annonce les obsèques prochaines d’un certain monsieur Chevallier, un homme qu’elle a connu en Algérie. Malgré les difficultés et le coût du trajet, Zayane laisse sa vie en plan, ignore les appels de ses enfants, oublie même qu’elle doit garder son petit-fils, et quitte sa cité pour la petite ville rurale où l’attend la veuve Chevallier, avec une mystérieuse boîte. La lettre, que Zayane se fait lire par un inconnu dans la rue, déclenche tout, réactive un fil rompu pendant tant d’années : celui d’une correspondance amoureuse secrète, entre une jeune Algérienne au service d’une famille de Pieds-noirs et un homme inconnu – et interdit. Le film nous amène heureusement là où on ne l’attend pas, découvrant l’identité potentielle de cet amant au fur et à mesure qu’il approche Zayane de sa destination, et en filmant en parallèle la découverte fortuite de ce secret par ses enfants. L’artefact de la découverte, joliment trouvé en l’objet d’une correspondance filmique, est sans doute l’atout majeur du film : à la fois autoportrait (littéral) d’une jeune Algérienne dans les années 1950, fenêtre sur une époque, ses tenues, ses décors, et correspondance intime, la petite pellicule dissimulée dans une boîte à chaussures a le charme suranné d’une conversation filmique à l’ère pré-Skype. Cette pellicule permet aux enfants de découvrir une facette cachée de leur mère, de se l’approprier, de l’ignorer ou de la rejeter.

Portrait de famille

Autour de Zayane gravitent les personnages des enfants, nombreux, un peu trop rapidement brossés pour un drame, trop maladroitement amenés pour une comédie. Le film flotte un peu sur ce point, échouant à faire franchement rire malgré une intention claire en ce sens, évitant aussi l’échec d’une comédie grotesque. Le nœud que constitue ce secret de famille est décrit avec justesse, mais est mal exploité, tant et si bien qu’in fine le film manque un peu de consistance. La dramatisation trop légère de l’intrigue a l’avantage d’affilier le film à ces exercices de « portraits délicats », d’éviter la caricature, mais contourne aussi de belles problématiques : l’écho psychologique de cette découverte chez chaque personnage, leurs oppositions, la fixation d’autres nœuds d’intrigue... Il demeure que ce rassemblement d’une famille nombreuse maghrébine, sans fioriture ni exotisme social, qui génère quelques beaux plans et multiplie, par la bande, les points de vue possibles sur l’affaire, reste trop rare au cinéma pour que l’on passe à côté

 

 

 

 

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La fugue d’une mère de famille arabe happée par le passé. Un portrait de famille affuté et sensible.

Zayane (Milouda Chaqiq, alias la slameuse Tata Milouda), 75 ans, n’est jamais sortie de sa cité, trop occupée à élever sa dizaine de filles et fils. Jusqu’au jour où un faire-part de décès l’enjoint à faire un voyage en Touraine.

D’une pierre deux coups, c’est un peu deux films en un : d’une part la virée de Zayane et sa copine, sorte de road-movie vers le passé enfoui de Zayane et à travers tous les états du féminin ; d’autre part les frères et sœurs qui se demandent pourquoi leur mère s’est subitement barrée, événement aussi surprenant pour eux que l’atterrissage d’une soucoupe volante, et qui finiront par découvrir une vérité occultée de leur maman à travers de vieilles bobines en super-8.

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Voyage d’émancipation

Le road-movie est mouvement, déplacement, transports, traversée en coupe de la France par deux mamies, dont l’une est d’origine maghrébine, ne sait ni lire ni écrire, et parle français avec un fort accent. C’est le voyage d’émancipation d’une mère courage qui retrouve la saveur oubliée de la liberté.

On pourrait penser au récent La Vache, sauf que Fejria Deliba (actrice, notamment chez Jacques Rivette, elle signe là son premier long) est plus réaliste : elle montre la beauté des paysages et la gentillesse de certains, mais aussi le racisme et le machisme d’autres.

Les manières d’être rebeu

Le second film, plutôt théâtre familial, se tient dans le huis clos de l’appartement de Zayane, QG utérin de cette fratrie dispersée au gré des personnalités et professions de chacune et chacun.

C’est une comédie, souvent drôle et toujours fine, où défilent toutes les manières d’être rebeu deuxième génération : la coiffeuse midinette entichée de langue anglaise, la frangine pratiquante, la belle-sœur “de souche” qui se voile, le livreur de fleurs titi parigot, le frère qui fait du business à Londres, celui qui emmerde les autres avec ses règles religieuses rigoristes, le rigolo de service…

Une vue en coupe de la communauté musulmane qui déjoue tous les clichés essentialistes. Avec cette question latente : comment chacun va réagir à ce qu’il va découvrir sur sa mère ?

Ecole du regard

Le premier film, c’est Thelma et Louise en sourdine ; le second, Sur la route de Madison dans nos banlieues. Ces deux veines se croisent et se tressent pour mon tout, D’une pierre deux coups, où Fejria Deliba fait d’une pierre cent coups : elle joint la profondeur du propos et la légèreté de touche, l’humour et le suspense, et même un peu de mise en abyme théorique sur les puissances du cinéma comme école du regard sur l’autre. Le public du festival Premiers Plans d’Angers ne s’est pas trompé en décernant son prix à ce petit bijou.

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Fiche technique

  • D’une pierre deux coups

  • France

  •  

  • - 2014

  • Réalisation: Fejria Deliba

  • Scénario: 

  • Fejria Deliba

  • Image: 

  • Hélène Louvart

  • Décors: 

  • Sylvie Deldon

  • Costumes: 

  • Malika Khelfa

  • Son: 

  • Régis Muller, Mourad Louanchi, Jean-Guy Véran

  • Montage: 

  • Katharina Wartena, Marie Vermillard, Lilian Corbeille

  • Musique: 

  • Youssef Boukella, Luis Saldanha, Orchestre National de Barbès

  • Producteur(s): 

  • Thierry Lenouvel

  • Production: 

  • Ciné-Sud Promotion, Transpalux

  • Interprétation: 

  • Milouda Chaqiq (Zayane Millia), Brigitte Roüan (Amel Brehli), Claire Wauthion (Christiane Chevalier), Zinedine Soualem (Lyess), Samir Guesmi (Hedi), Slimane Dazi (Jadil), Myriam Bella (Leyla)...

  • Distributeur: 

  • Haut et Court

  • Date de sortie: 20 avril 2016

  • Durée: 1h23

Site du Film

Fejria Deliba fut l'une de la Bande des quatre de Jacques Rivette ou Zouina dans Inch'allah dimanchede Yasmina Benguigui, remportant de nombreux prix d'interprétation. Elle a débuté sur les planches avec Antoine Vitez. 
Elle est L'Aziza dans le clip de Balavoine, ou la femme qui s'émancipe du poids des traditions pour R. Krim.
À la télévision et au cinéma chez Jean-Claude Brisseau, Olivier Assayas, Sólveig Anspach, Mehdi Charef, Cédric Kahn, Olivier Ducastel et Jacques Martineau... Au côté de Leïla Bekhti, elle tourne pour Nora Hamdi ou Géraldine Nakache et Hervé Mimran dans Tout ce qui brille. Après son court métrage Le Petit Chat est mort de nombreuses fois primé, D'une pierre deux coups est son premier long métrage. Lauréate de la Fondation Gan pour le Cinéma 2013, son scénario a reçu le prix du public au Festival Premiers Plans d'Angers en 2014.

"D'une pierre deux coups est une comédie humaine en forme de portrait de famille : une famille française d'origine algérienne, une famille nombreuse de dix enfants qui tous ont emprunté des voies différentes, quitte à parfois s'éloigner.D'une pierre deux coups tisse ensemble ce double rythme de l'échappée de Zayane et de l'attente de la fratrie, à mi-chemin entre road-movie et quête initiatique. Mon film explore les liens familiaux et leurs nœuds, l'amour et le temps qui passe. Dans ce récit d'émancipation, l'histoire singulière et intime de Zayane fait écho, en filigrane, à l'histoire collective, celle du passé commun de la France et de l'Algérie. En cela, D'une pierre deux coups est un instantané, le cliché pris sur le vif de cette journée pas comme les autres dans la vie de Zayane, qui va bouleverser et remodeler tout l'équilibre de sa famille.

A télécharger

Dossier de presse

La lettre de Michel

Vos impressions sur le film

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