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DHEEPAN   Jeudi 24 Septembre  20h30

Béliers                                                     Jeudi 21 Janvier 20h30

de Grimur Hakonarson

Béliers

DE GRIMUR HÁKONARSON

Avec Sigurdur Sigurjónsson, Theodór Júliusson, Charlotte Bøving…

Islande - 2015 - 1h33 - VO 
Grand Prix Un certain regard au Festival de Cannes

Bande Annonce

Synopsis et détails

 

 

Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères éleveurs sont brouillés depuis 40 ans. Un jour, le troupeau de l’un d’eux est atteint par la tremblante du mouton. La question de la solidarité va se poser pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers. Ancrée dans des paysages spectaculaires, cette tragi-comédie intimiste a fait l’unanimité à Cannes où elle a reçu le Prix Un certain regard 2015

 

Béliers - Extrait 1 - 

 

Béliers - Extrait 2 - 

Galerie photos

Critiques

L’Islandais Grimur Hakonarson raconte, sur fond de drame naturaliste, la lutte entre deux frères éleveurs d’ovins.

Un tableau social filmé dans une communauté rurale sur fond de paysages en cinémascope. Photo DR 

 

L’affiche est un cas d’école, illustrant la manière dont les distributeurs doivent parfois s’arracher les cheveux pour imaginer le tour de passe-passe grâce auquel ils marabouteront le client hésitant, afin qu’il aille voir, par exemple, un singulier film islandais joué par deux inconnus chenus et un troupeau de mammifères herbivores, plutôt que, au hasard, une resucée de Moby Dick ou le dernier Lelouch. Outsider du jour, Béliers postule de la sorte, abattant une caution cinéphile placardée sur le pull à grosses mailles, «prix Un certain regard du Festival de Cannes», suivie d’une accroche qui vaut ce qu’elle vaut,«une bouffée d’air frais !» le tout surplombant une photo de groupe vraiment problématique, une fois extraite du contexte.

Climat.On reprend : pour la récompense, rien à redire. La dernière célébration cannoise a fait le choix de la découverte pour sa sélection parallèle à la compétition officielle. La présidente du jury, Isabella Rossellini, y a vu une exaltation de «l’indéniable lien qui réunit la nature humaine et la nature animale» et, pas people pour deux couronnes (islandaises), le cinéaste, Grimur Hakonarson, a juste profité de son temps de parole pour dédier la récompense à sa mère,«décédée il y a trois ans». Assez leste, le slogan, lui, suggère une double lecture : «l’air frais» renvoie aux conditions climatiques particulièrement rudes du contexte géographique, tout en soulignant que le cinéma des fjords et glaciers ne traverse pas non plus les mers chaque mercredi. Enfin la photo, certes «efficace», mais graveleusement embarrassante, qui montre des individus alignés (dont deux, prénommés Gummi et Kiddi, ont le visage cerclé de rouge), serrant entre leurs cuisses des béliers qu’on voit de dos. L’esprit à peine mal tourné, on croirait déceler une étrange pratique zoophile.

Alors, poilant, ce Béliers ? Justement, pas du tout. Ou si peu. L’action, assez statique pour le coup, se déroule donc dans le nord de l’Europe, aux confins d’une île elle-même passablement coupée du monde. Là, vivote au beau milieu d’une vallée isolée une communauté rurale dont l’unique moyen de subsistance repose sur l’élevage d’ovins. Or, dans ce contexte - aussi décoiffant, de par son cadre altier battu par les vents, qu’ingrat au plan relationnel - sourd une obscure querelle intestine entre deux frères, voisins immédiats et vieux garçons qui ne s’adressent plus la parole depuis des décennies. Un véritable drame qui monte un jour d’un cran lorsque l’un des deux, mauvais perdant au concours de bétail, détecte une sale maladie, la tremblante, dans le cheptel de son vainqueur de frangin. Une découverte d’autant plus catastrophique qu’elle nécessite l’abattage de toutes les bêtes de la vallée et signe quasiment, de facto, l’arrêt de mort de toute activité économique dans un coin qui n’offre aucune alternative.

Survie.Western septentrional, Béliers s’impose ainsi en drame naturaliste disséquant une haine recuite. A la fois hiératique et parcimonieux, l’exercice de survie s’attarde, sans la juger, sur une posture autarcique, réfractaire à la globalisation. Espèce en voie de disparition, les frères ennemis s’imposent comme des archétypes taiseux d’entêtement, préférant couler avec le navire plutôt que se conformer à une quelconque forme de bon sens, comme inconciliable avec des rites antédiluviens.

Très loin des écrans radar (pulls informes, barbe et tignasse hirsutes, verbe rare), Sigurdur Sigurjonsson et Theodor Juliusson font la paire désappariée, dans l’agrément de ce tableautin social - enchâssé dans des paysages en cinémascope - auquel le cinéaste tient à associer une gent animale : «Le recrutement des moutons a été une aventure incroyable, s’emballe Grimur Hakonarson. Les auditions que nous avons organisées font partie des souvenirs les plus forts que je garde de la préproduction. […] Si un jour des récompenses étaient remises à des animaux acteurs, je suis sûr que bon nombre de moutons parmi les plus méritants repartiraient avec quelques statuettes.» 

 

 

 

 

 

 

 

Fils de paysan, Hákonarson cherche à montrer le geste du travail des champs, de traite et la façon dont aujourd'hui une communauté agricole doit réfléchir à son avenir. Par cette attention jumelée au travail des champs et des coeurs, on pense à John Ford sous le blizzard. Seuls comptent les hommes et leurs bêtes. Pas de place pour le symbolisme ici. Quand le cinéaste doit filmer le charnier de cent quarante-sept bêtes mises à mort, son plan ne s'offre pas comme un tableau. Il ne cherche pas à faire du beau ou de l'horrible. Simplement, il cadre son paysan devant ses victimes. Puis il coupe et revient sur le visage des vétérinaires découvrant comme nous ce triste spectacle. Or de spectacle, il n'y en a jamais dans Béliers. Ni le spectacle naturaliste de la beauté du travail, ni celui, lyrique, de la simplicité d'une vie hors du temps ou de quoi que ce soit. Ce serait indécent. Le souci du seul tangible guide les gestes, même quand ils peuvent apparaître farfelus, comme au cours de cette séquence qui pourrait rappeler Kaurismäki où l'un des deux frères transporte l'autre à moitié ivre mort dans la pelle de son tracteur pour le déposer devant un hôpital. Là encore, il ne s'agit pas d'une énième vignette burlesque du Nord, comme on en voit souvent, de Bent Hamer (Kitchen Stories) à Dagur Kári (Nói l'albinos). Simplement, cet homme qui ne sait pas conduire n'a pas d'autres moyens pour sauver son frère, deux fois plus lourd que lui, que d'emprunter son outil de travail. Hákonarson ne pense pas en termes de comique ou de tragique, il songe d'abord à garder la distance et le tempo adéquats : ceux qui consistent selon lui à s'extraire du film, du montage, à ne pas se donner à voir avant ses personnages. Et si la mélancolie finit par surgir, elle n'advient pas par adjonction de violons, de souvenirs factices ou irruptions de plans longs, symboliques. Non, elle éclate à la lumière d'un geste précis de survie, qui pourrait sembler bizarre. Mais dans ce film aussi merveilleux que rare, l'étrangeté est émouvante car elle est la marque de la justesse.

 

 

 

 

 

 

Touche pas à mon bélier !

Cela commence par un concours de beauté un peu particulier, les participants n’étant pas des femmes à la beauté sculpturale mais des béliers. Car oui, dans le froid islandais, on aime bien savoir celui qui a élevé le plus beau mouton, surtout pour les deux personnages principaux du métrage qui ne prennent pas du tout à la légère cette pratique. Eux, ce sont Gummi et Kiddi, deux frères vivant à 50 mètres l’un de l’autre, tous deux fermiers, qui ne se parlent plus depuis 40 ans. Alors lorsque l’un remporte ledit concours sous le nez et la longue barbe de l’autre, forcément la jalousie et l’énervement vont remplacer l’indifférence. Pourtant, les deux devront essayer de s’unir pour affronter l’inéluctable : l’abatage de tous les béliers de la région suite à une pandémie de tremblante. 

Dans les sublimes paysages de l’île de feu et de glace, le réalisateur nous offre une chronique familiale rude et froide, à l’image de ces grandes étendues enneigées qui entourent les bergeries. Mais au-delà du drame fraternel, le film esquisse le quotidien de ces villages reculés, où la solitude est omniprésente dans ces chaumières, où l’on vit et l’on meurt au même endroit sans jamais avoir cherché à le quitter. Sauf que le cinéaste porte un regard bienveillant sur ce microcosme rural, sur ces êtres qui sacrifient tout pour leur bétail et qui donnent tant d'amour à leurs animaux. 

Touchant et sensible, "Béliers" est un joli conte nordique, une histoire épineuse d’amour fraternel traitée comme une histoire d’amour tout court. Sous leur dégaine de gros barbus vikings, les personnages débordent d’affection et ne cherchent qu’à soigner leurs blessures intérieures. En refusant la contemplation passive des décors pour se focaliser sur l’essentiel, le réalisateur parvient à fluidifier et renforcer la dramaturgie de son récit. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est un vaste sentiment de chaleur qui s’empare de nous à la sortie de la salle…

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils ont des gueules impayables, Gummi et Kiddi. Barbus et hirsutes, ces deux frères ont le poil long comme les moutons qu'ils élèvent dans leur vallée perdue, en Islande. Et un caractère de cochon : depuis quarante ans, ils ne se parlent plus. Chacun vit tout seul dans sa ferme, à côté de celle de l'autre. C'est la guerre froide. Et le froid, ils y sont habitués... Mais quand un mouton est déclaré atteint de la tremblante, tous les troupeaux sont menacés d'abattage. Le lignage ancestral de la race des béliers s'éteindrait alors, et Gummi et Kiddi n'y survivraient pas. Pour eux, il est peut-être temps de briser la glace.

Comme ses personnages, ce film a de la gueule. Tout en jouant la chronique villageoise et les querelles de clocher à l'ancienne, le jeune réalisat eur, Islandais de souche, déploie une mise en scène actuelle et stylée. Les vastes paysages de son pays semblent lui avoir donné un sens inné de l'espace. Sa parfaite connaissance des hommes du terroir porte ses fruits : le tempérament rugueux des deux frères ennemis est presque palpable. Comme leur tendresse, qu'ils n'expriment qu'en bichonnant leurs bêtes...

Le pari réussi de Grímur Hákonarson consiste à montrer une réalité difficile (l'abattage des animaux, le désespoir des fermiers...) sous un jour plaisant. Ce qu'illustre cette scène où Gummi transporte Kiddi, retrouvé complètement saoul et à moitié gelé au fond d'un fossé, dans une pelleteuse. Il le dépose devant l'hôpital local comme on déverserait un tas de fumier. La vacherie de la vie d'un côté et, de l'autre, un sentiment d'humanité qui persiste, voilà l'attelage idéal pour une comédie qui souffle habilement le chaud et le froid. Et prend parfois des airs de conte de Noël. — Frédéric Strauss

 

 

 

 

 

 

 

Des personnages vrais, hauts en couleurs, comme on en voit rarement au cinéma.

Grímur Hákonarson est islandais et réalise avec Béliers, son deuxième long métrage, tourné au nord-ouest de l’Islande. Les paysages sont magnifiques, immensément verts ou blancs, en fonction des saisons.

 

Gummi et Kiddi sont deux frères qui se détestent. Ils ne se parlent plus depuis 40 ans. On ne sait pas pourquoi. Et on ne le saura jamais. Ils se ressemblent et vivent tout près l’un de l’autre mais ils s’ignorent. Enfin, presque. Leur seul but de la vie est de s’occuper de leurs moutons. C’est leur seule passion. Mais c’est une passion commune.

 

Un jour, l’un d’eux détecte une maladie, « la tremblante », chez un bélier de son frère. Une fois le diagnostic posé, tous les moutons du voisinage doivent être tués, pour éviter l’épidémie. « La tremblante » du mouton est une maladie qui s’est déjà propagé en Islande. C’est une maladie terrible qui touche la moelle épinière et le cerveau de la bête. Et à travers cette épreuve, les frères vont être obligés de se parler, et même de faire front ensemble face aux autres. Pour sauver leur lignée. Leurs moutons. Leurs béliers.

On voit deux grosses brutes, Gummi et Kiddi, deux forces de la nature, chacun enfermé et campé sur ses positions, dès le début du film. Ils communiquent par l’intermédiaire du chien ! Puis peu à peu, les frères évoluent et leurs relations aussi. Même s’il n’y a pas beaucoup de dialogues, certaines scènes sont suffisamment parlantes pour en rire, ou en pleurer. De très beaux jeux d’acteurs. Des personnages vrais, hauts en couleurs, comme on en voit rarement au cinéma. Ce film pourrait presque être un documentaire sur l’Islande, et la façon de vivre de certains éleveurs. C’est magnifique, grandiose et infiniment grand. L’homme n’est rien face à cette étendue naturelle. Et face au blizzard et aux conditions extrêmes qui y règnent, l’homme est infiniment petit et faible.

Béliers, un film hors du commun qui a mérité son prix au Festival de Cannes 2015 dans la catégorie un Certain Regard, et pas moins de 9 nominations !

 

Fiche technique

  • Islande

     

  • Genre : Comédie dramatique ovine

     

  • Réalisé par : Grimur Hàkonarson

     

  • Distribution : Sigurður Sigurjónsson (Gummi), Theodór Júlíusson (Kiddi), Charlotte Bøving (Katrin), Jon Benonysson (Runólfur), Gunnar Jónsson (Grímur )

     

  • Photographie : Sturla Brandth Grøvlen

     

  • Montage : Kristján Loðmfjörð

     

  • Musique : Atli Örvarsson

     

  • Produit par : Grímar Jónsson et Jacob Jarek

     

  • Distribué par : ARP Sélection

     

  • Date de sortie : 9 décembre 2015

 

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Pour aller plus loin

Sumarlandið

Grímur Hákonarson est un réalisateur islandais dont le film Béliers remporte le Prix "Un certain regard" au Festival de Cannes 2015.Après un premier documentaire intitulé Varði Goes Europe, Grímur Hákonarson ressort diplômé en 2004 de la prestigieuse Académie du film de Prague. Des débuts prometteurs puisque son œuvre de fin d'études, le court-métrage Slavek the Shit, est sélectionné au Festival de Cannes 2005 et est récompensé d'une dizaine de prix à travers le monde.Après un nouveau court-métrage en 2007 – Wrestling, qui traite d'une histoire d'amour secrète entre deux lutteurs homosexuels - Grímur Hákonarson dirige Ólafía Hrönn Jónsdóttir et Kjartan Guðjónsson en 2010 dans son premier long métrage, la comédie Summerland. En 2012, il revient au genre documentaire avec A Pure Heart, consacré au prêtre de la ville de Selfoss, Kristinn Ágúst Friðfinnsson.2015 marque un nouveau tournant dans la carrière du réalisateur puisque son film Béliers (titre original : Hrútar) a remporté le Prix "Un certain regard" au Festival de Cannes. L'histoire de deux frères, vieux paysans islandais qui ne se sont plus parlé depuis des années et qui se retrouvent contraints un jour d'unir leurs forces pour sauver leurs élevages respectifs de moutons. Au casting : Sigurður Sigurjónsson, Theodór Júlíusso et Charlotte Bøving.

La lettre de Michel

Vos impressions sur le film

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