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DHEEPAN   Jeudi 24 Septembre  20h30

Au-delà des montagnes                          Jeudi 28 Janvier 20h30

de Jia Zhang-Ke

Bande Annonce

Synopsis et détails

 

Chine, fin 1999.

Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zhang et Liangzi.

Zhang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liangzi travaille dans une mine de charbon.

Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar.

Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

 

Au-delà des montagnes - Extrait 1 - 

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Au delà des montagnes - oeil pour oeil Télérama
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Critiques

En 1999, ils sont jeunes, désirants et pleins d'espérance. Ils dansent à l'unisson sur Go west, le tube des Pet Shop Boys, et c'est, pour eux, davantage qu'une chanson : un irrésistible appel d'air, un rêve d'ouverture au monde occidental et à ses merveilles supposées. Dans une atmosphère post-maoïste, ces filles et garçons de la Chine profonde, électrisés par la culture pop anglo-saxonne, se sentent à l'aube d'une nouvelle ère, plus belle et plus libre. A la fin du film, soit vingt-cinq plus tard, on réentendra cette chanson, Go west, mais chargée d'un tout autre sens.

Quel cinéaste est assez fou pour vouloir, et pouvoir, montrer un changement de civilisation dans son pays et au-delà, sur un quart de siècle ? Actuellement, on n'en voit qu'un seul : Jia Zhang-ke, le plus grand réalisateur chinois en activité, l'auteur de Still life et d'A touch of sin. Agé de 45 ans, il fit partie de cette jeunesse aimantée par l'Ouest, mais rattachée, organiquement, à la Chine traditionnelle. Les trois personnages principaux évoquent, d'ailleurs, les jeunes gens déboussolés de ses premiers films, tournés à cette époque, comme Xiao Wu, artisan pickpocket etPlatform. A Fen­yang, ville natale du cinéaste, la gracieuse Tao, issue de la classe moyenne, est aimée par deux jeunes hommes très différents : un mineur humble, comme elle en a toujours connu, et un affairiste nouveau genre, en plein fantasme américain. Hésitante, déchirée, elle se marie avec le second, comme si elle s'obligeait à suivre le sens de l'Histoire.

Pour mieux éclairer le destin de ces trois héros, et le faire résonner avec celui de toute une génération, Jia Zhang-ke sort, cette fois, le grand jeu. L'expressivité de certains détails vire à l'outrance sarcastique : le fils de l'héroïne est prénommé Dollar par son père, l'homme d'affaires décomplexé. Des ellipses spectaculaires nous propulsent de la fin du xxe siècle à 2014, puis à 2025. Ce troisième et dernier chapitre se déroule en Australie, eldorado d'une diaspora chinoise richissime, déployant à perte de vue des paysages grandioses tels que le cinéaste en n'avait jamais filmés. Et la taille de l'écran change deux fois, passant du carré au scope, pour accompagner la dispersion des personnages au fil des années. Ces choix donnent le cap, apportent l'ampleur et le souffle, même si le jeu de l'actrice Zhao Tao, muse de Jia Zhang-ke, émouvante à trois âges différents, préserve la finesse originelle de ce cinéma jadis artisanal.

Particules égarées dans un monde agrandi, endurci, l'héroïne, son époux, son ancien soupirant, malade, mais aussi son fils se perdent de vue, au point de devenir indifférents les uns aux autres, sauf par bouffées de culpabilité ou de nostalgie dérisoires. Voir la tocade amoureuse de l'adolescent Dollar, loin de chez lui et ne parlant qu'en anglais, pour une maîtresse-maman chinoise, bien vite repoussée. Comme Antonioni en son temps, Jia Zhang-ke met en scène une glaciation progressive des rapports humains, une « éclipse » des sentiments, sur fond de matérialisme, de technologie et de migrations sans fin. Mais sa fougue romanesque, son énergie pop et ses talents d'artificier conjurent la froideur du constat : cette fresque somptueuse nous donne moins le bourdon que le frisson. — Louis Guichard

 

 

 

 

 

 

 

Lauréat du Carrosse d’or qui lui a été décerné lors de la cérémonie d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, Jia Zhangke a présenté six jours plus tard ce très beau film en sélection officielle. Le récit est découpé en trois parties, et débute en 1999. On y suit les relations amoureuses et amicales entre Tao, Zhang et Lianzi, dans la ville de Fenyang. Zhao, propriétaire d’une station-service, est destiné à un avenir prometteur, quand Liang use sa santé dans une mine de charbon. Entre les deux hommes, le cœur de Tao balance... On songe un temps de la projection à un Jules et Jim chinois, mais le cinéaste nous mène sur une fausse piste. La seconde partie est axée sur la période actuelle, qui dévoile une Zhao divorcée et désabusée, qui n’a plus la garde de son petit garçon, et n’entretient que des rapports épisodiques (et difficiles) avec les deux hommes qui ont marqué sa jeunesse. Enfin, un troisième volet situé en 2025 nous transpose en Australie. Dollar, le fils de Tao et Zhang, y vit avec son père et suit des cours de commerce, tout en travaillant dans une société de restauration à domicile. Une chanson écoutée lors d’un cours de chinois exerce sur lui l’effet d’une madeleine de Proust... Le film de Jia Zhangke traverse un quart de siècle au cours duquel la Chine a connu des transformations profondes, et pas seulement sur le plan économique. Car l’argent est devenu au centre des rapports sociaux. « Dans la vie quotidienne des Chinois d’aujourd’hui, je constate une perte profonde de cette relation d’engagement réciproque, et elle affecte aussi les souvenirs », a déclaré le réalisateur. La grande force de Mountains may depart est de traiter ce thème de l’effritement des liens sociaux avec l’écrin d’un beau mélodrame, audacieux dans sa construction, puisque les trois personnages principaux ont de moins en moins d’interaction narrative. 

 

Et ils s’effacent progressivement pour céder la place à celui qui incarne la jonction entre le présent, le passé, et l’avenir de la Chine. En même temps, le cinéaste a expérimenté diverses techniques, notamment celle qui consiste à juxtaposer plusieurs formats, du 1,33 au scope, en passant par le 1,85. Ce procédé a été possible par des séquences accumulées durant le tournage des films précédents. Il ne faut pas y voir une coquetterie de style mais la volonté de traduire le sentiment de perte de repères tout comme la difficile ouverture des personnages, métaphore des bouleversements de leur pays. Et pour la première fois dans son œuvre, Jia Zhangke se laisse aller à un lyrisme et une émotion que l’on ne trouvait pas dans ses autres réalisations, dePlatform à A Touch of Sin. Le mélodrame sied à ce peintre des turpitudes humaines, et il se pourrait que Mountains may depart constitue un tournant dans sa carrière, de la même façon que Paris, Texas révélait une autre facette de Wim Wenders et élargissait son audience. La chanson Take care de Sally Yeh distille d’ailleurs la même force émotionnelle que la partition musicale de Ry Cooder... Bien épaulé par son chef-opérateur Yuk Lik-wai, Jia Zhank-ke tire le meilleur de ses interprètes, à commencer par Zhao Tao, son épouse et actrice de prédilection. Elle trouve ici la puissance des grands noms du mélodrame américain, de Joan Fontaine à Julianne Moore. Dans le rôle de Mia, la professeure entre deux âges qui aura une relation affective avec Dollar, Sylvia Chang, qui a illuminé des films de Johnnie To ou Ang Lee, est l’autre atout féminin.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire se passe en Chine profonde, à Fenyang, une ville de la province du Shanxi. Elle démarre en 1999 et se termine en 2024.Jia Zhang-Ke a centré son film sur Tao, jeune femme, et ses deux amis d’enfance. L’un d’eux travaille dans une mine, Lianzi, et l’autre, Zang, est propriétaire d’une station service et gagne déjà beaucoup d’argent. Tao va choisir son mari entre ces deux « prétendants ». L’argent l’emporte car elle épouse l’homme riche, capitaliste. Elle va avoir un enfant avec Zang qui va l’appellerDollar. Tout un symbole.

Durant la première partie du film Au-delà des montagnes, on découvre la vie de Tao, interprétée par la comédienne, mais aussi la femme du réalisateur, Zhao Tao, dans sa ville natale. Nous sommes en 1999, moment de l’Histoire où la Chine est en train de se reconvertir. Elle abandonne peu à peu les mines de charbon pour se tourner vers le pétrole. La vie des chinois va en être bouleversée.

 

La seconde moitié du film Au-delà des montagnes se passe en 2014. On voit Tao, seule, qui revient au pays. Elle a divorcé et c’est le père qui a eu la garde de leur fils. Son fils vient la voir pour être présent à l’enterrement de son grand-père. Il a alors 7 ans. Le choix de Taode la sécurité financière avec Zang n’a pas suffi à la rendre heureuse. Quant à son ami Lianzi, il n’est pas dans un état qui peut lui faire regretter son choix. Tao est seule et doit assumer cette nouvelle situation et surtout la perte de son fils.

Quant à la troisième partie du film, elle se passe en Australie, chez le père de Dollar, en 2024. C’est alors Dollar qui devient le centre du film. Il est beau gosse, étudiant à la Fac et a tout pour être heureux. Il ne parle qu’anglais mais prend des cours de chinois. Il ne se souvient plus de son pays et son père, toujours riche, vit dans un somptueux appartement, entouré d’armes à feu. Mais la communication est coupée entre le père et le fils. Sa professeur de chinois sera là pour l’aider à retrouver ses racines, au fond de son cœur.

Au-delà des montagnes est un film centré sur l’évolution galopante de la Chine et de la mentalité des chinois, très politiquement correct. Trop correct sans doute ! Il est d’ailleurs sorti sur les écrans chinois, sans censure. En très peu de temps, leur vie a été complètement transformée. Mais les traditions persistent au-delà du modernisme et Tao est là pour en témoigner. Sa façon de réagir, toujours zen, ou presque, sa façon de préparer ses raviolis, toujours avec amour comme si son fils allait débarquer à tout moment. Une mère n’oublie jamais son enfant. C’est le rôle de toute mère, mère nourricière.

Le réalisateur n’a pas fait un film politique mais un film centré sur une façon de penser, une façon de vivre. Attention, semble-dire Jia Zhang-Ke, l’argent est à nos portes mais va-t-il vraiment nous rendre plus heureux ?

C’est un film lent, zen, mais jamais l’on ne s’ennuie. Et pourtant il dure plus de deux heures ! La musique est très belle, avec deux chansons qui reviennent périodiquement, et les plans photographiques sont souvent sublimes, avec un savant mélange de modernité et de traditionalisme. Les acteurs sont tous excellents. Et le film nous laisse interrogatifs, surtout sur la fin. Il n’apporte pas les réponses, à nous de tenter de les trouver…

Au-delà des montagnes a reçu déjà 8 nominations au Festival de Cannes 2015 mais est reparti, hélas, sans prix. Dommage, très dommage ! Il en méritait largement ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

Confession d’une enfant du siècle

La vie de Tao, personnage féminin d’Au-delà des montagnes, pourrait être celle de n’importe quelle héroïne de mélo. À l’orée du nouveau millénaire, elle danse et fête la promesse d’un monde nouveau avec ses deux amis d’enfance, à Fenyang, leur ville natale (qui est aussi celle du cinéaste). Les deux hommes sont aussi opposés que l’on puisse imaginer, quoique tous les deux amoureux de Tao. Zang, le plus entreprenant professionnellement, le sera aussi sentimentalement : il sommera la jeune femme de choisir. En quelques séquences et beaucoup d’ellipses, elle l’épousera (se détournant du prolétaire Lianzi), lui fera un fils unique qu’il choisira de prénommer Dollar, divorcera. Le mélodrame commencera dans l’acceptation de vivre séparée de son enfant pour lequel elle souhaite une vie meilleure (c’est à dire plus confortable matériellement), dût-elle se faire à Shanghai, auprès de son ex-mari. Après avoir vu mourir son père, vieil homme si discret qu’il s’efface sans un murmure dans son sommeil au milieu d’une gare, elle se résignera à être loin de son fils. En faisant ainsi interpréter à sa compagne et muse Zhao Tao le destin d’une femme sur trois époques distinctes, Jia Zhang-ke lui offre un rôle sublime, dans lequel elle prête son visage à la joie d’une jeunesse impétueuse avant de révéler la lassitude d’une résignation mélancolique. Sœur orientale des belles héroïnes de Douglas Sirk, elle rappelle avec quelle digne amertume Jane Wyman acceptait la dislocation du lien avec ses enfants dansTout ce que le ciel permet. Toujours loyale et fidèle à ses sentiments passés, Tao offre une grosse somme d’argent à l’amoureux éconduit jadis, gravement malade après avoir travaillé toute sa vie dans les mines de charbon. Tout comme elle s’attache à confectionner avec soin des raviolis selon le rituel familial lors de la visite de son fils. Témoin d’un monde qui change, Tao n’en demeure pas moins la gardienne des valeurs immuables, celles qui restent quand « même les montagnes pourraient s’en aller », pour reprendre le titre original utilisé lors de la présentation cannoise du film. Car à travers ce destin jonché de renoncements, Tao n’incarne en fait rien moins qu’une allégorie de la Chine prise dans un tournant historique qui l’écartèle entre la fable vulgaire du néo-capitalisme et le respect impossible de traditions éternelles.

Selon les propos de Jia Zhang-ke, le projet d’Au-delà des montagnes est né d’essais de caméras numériques réalisés avec son chef opérateur Yu Lik-wai lors de plusieurs tournages précédents. Mettant en regard des rushes filmés avec des caméras différentes (la première caméra numérique du réalisateur au début des années 2000, puis une Arriflex Alexa), il a été frappé par la sensation que ces images semblaient être les témoins de mondes différents. C’est de cette confrontation entre des disparités techniques d’images qu’est parti le souhait de filmer une épopée en trois époques et trois esthétiques, cherchant une traduction visuelle aux changements brutaux de modes de vie qui ont parcouru la Chine en quelques décennies. Pourtant, par-dessus ce temps linéaire à l’esthétique changeante, ce que met en scène le ballet des personnages entre chez eux et le vaste monde, c’est surtout le conflit entre un temps immuable, celui où les « vieux amis sont comme la montagne et le fleuve », dicton volontiers cité par le cinéaste, et un temps linéaire qui croit au progrès du miracle économique. Ce sont surtout les objets qui témoignent de ces deux façons de voir la vie. Tao, qui s’adapte à ces deux modes, en est le point de contact : elle offre à un couple de jeune mariés un iPhone dernier cri, mais glissera dans la main de son fils la clé de sa maison, « afin qu’il puisse toujours rentrer chez lui ».

 

Au-delà des frontières

Presque rien ne nous sera raconté de la façon dont la jeunesse fin de siècle s’extrait du prolétariat pour mordre dans un capitalisme conquérant et sans frontière. C’est encore par les objets que s’exposera la réussite fulgurante de Zang, signes extérieurs de richesse accumulés et exponentiellement coûteux. Voiture, dans une époque ; iPad, appartement spacieux dans la suivante. Cet effet de métonymie culminera en Australie, quand il nous suffira de voir la multitude d’armes à feu rassemblées avec leurs munitions sur la table basse de l’appartement familial pour comprendre la nature mafieuse des affaires du père. Et pour imaginer de ce fait qu’elles sont à l’origine de sa fuite hors du continent. De même, les personnages secondaires sont juste esquissés, comme la belle-mère passagère de Dollar, que l’on entendra simplement, par pur snobisme, parler en anglais au jeune garçon par Skype. Autour de ce trio, l’histoire de la Chine s’écrit surtout par des départs et des retours à partir du point fixe qu’est Fenyang.

Go West : aucun des trois protagoniste ne se ralliera à l’injonction mi-conquérante, mi-ironique du tube de Pet Shop Boys qui ouvre et clôt le film. Ni Zhang qui fuit pour l’est, ni l’immobilisme de Tao. Pas plus que Lianzi qui parcourt le pays, courant après les fermetures successives des mines, ne revenant chez lui lorsqu’il est déjà trop tard et que la maladie l’a irrémédiablement atteint. Les flux migratoires étaient déjà au cœur dans les précédents films de Jia Zhang-ke, quoiqu’exclusivement intérieurs à la Chine. Devenus internationaux, ils disent à quel point l’horizon du monde s’est élargi pour les Chinois en l’espace de quelques décennies. Dans The World, l’ouverture au monde ne passait que par le fantasme des reconstitutions d’un parc d’attraction. Loin de ce rêve de copiste, le monde réel s’ouvre pour les personnages de la partie australienne futuriste qui se déploie alors dans le format large du CinemaScope. Jia Zhang-ke a en effet choisi de tourner chaque époque dans un grain d’image propre, mais aussi dans un format de projection spécifique. La fin de l’année 1999 de la première partie se fêtait dans un beau format carré 1.33 avant de laisser place au 1.85 de la période 2014. Mais si cette ouverture de l’espace du cadre se fait le symptôme d’un élargissement du monde, de l’espace habitable des Chinois entre 1999 et 2025, elle traduit aussi et surtout l’évolution de relations qui se distendent. Du surnombre du ménage à trois de la première partie, on passe au manque d’une cellule familiale délitée dans la dernière. Dollar est seul dans l’appartement familial, éloigné de son père au sein du cadre comme il l’est affectivement. Certes, cette partie australienne est empruntée, alourdie par des acteurs qui jouent assez faux, mais on ne peut s’empêcher d’avoir envie de lui pardonner ces maladresses puisque c’est justement de cela qu’elle traite : l’artificialité des relations dans une époque où l’on ne connait plus le nom de sa propre mère. L’anticipation n’est d’ailleurs pas représentée par Jia Zhang-ke comme une époque technologiquement plus avancée que la notre, mais plutôt comme une époque où la technologie a remplacé l’affectif.

Tandis qu’Au-delà des montagnes concourait en sélection officielle de la dernière édition du Festival de Cannes, Arnaud Desplechin présentait Trois souvenirs de ma jeunesse à la Quinzaine des Réalisateurs. En explorant trois souvenirs de son personnage fictif, Paul Dedalus, le réalisateur français offrait autant de réminiscences de son passé de cinéaste. Autour de trois genres qu’il a mis en scène par le passé, le film d’espionnage, la tragédie familiale, la chronique amoureuse, il offrait un condensé réflexif de son œuvre. On se plaît à voir ainsi, aujourd’hui, le film de Jia Zhang-ke. À travers ces trois segments qui nous donnent des nouvelles de la Chine, comme le cinéaste le fait maintenant régulièrement depuis quinze ans, on a envie de voir par-delà l’allégorie d’un pays en profonde mutation, trois souvenirs (dont une prémonition) du citoyen chinois en cinéaste.

Le dossier


« Au-delà des montagnes » : Go West, ou la Chine contemporaine dans l’œil de Jia Zhang-ke

 

Il y a quelque chose de miraculeux dans le cinéma de Jia Zhang-ke. Au-delà des montagnes, présenté en compétition à Cannes cette année (et scandaleusement boudé par le jury), le confirme. Ce qui nous frappe instantanément, c’est bien l’absence d’exotisme qui tient à cet équilibre constant entre la description d’une réalité locale et sa portée universelle. Le miracle, c’est véritablement le partage de l’expérience de la vie en Chine dans le cadre de ses mutations accélérées depuis les années 1990. Le cinéma de Jia Zhang-ke est si puissamment contemporain, si transversal et pourtant si brillamment imprégné des marqueurs sociaux du pays que cela fait de lui un réalisateur incontournable aujourd’hui dans le cinéma mondial, autant pour les cinéphiles avertis que pour le grand public (A touch of sin, sorti en décembre 2013, avait fini son honorable carrière en salle à presque 200 000 entrées en France). Mais ce qui sidère encore plus aujourd’hui avec son nouveau film, c’est d’une part l’ampleur romanesque inédite de son œuvre, qui la rend d’autant plus accessible, et d’autre part cette conscience à nouveau repoussée qu’a le réalisateur des possibilités qu’offre le cinéma pour figurer son regard sur la Chine contemporaine. Jia Zhang-ke se confirme ainsi en metteur en scène expert. Il nous paraît donc essentiel d’insister sur un parcours qui aura fait s’élever le cinéaste au-delà des montagnes.

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Fiche technique

 

  • Au-delà des montagnes

  • (Shan He Gu Ren)

  • Chine, France, Japon- 2015

  • Réalisation: Jia Zhang-Ke

  • Scénario: Jia Zhang-ke

  • Image: Yu Lik-wai

  • Décors: Wang Yong

  • Costumes: Li Hua

  • Son: Zhang Yang

  • Montage: Matthieu Laclau

  • Musique: Yoshihiro Hanno

  • Producteur(s): Shozo Ichiyama, Nathanaël Karmitz, Jia Zhang-ke, Ren Zhonglun

  • Production: Office Kitano, MK Productions, XStream Pictures, Shanghai Filmgroup Corporation

  • Interprétation: Zhao Tao (Tao), Zhang Yi (Zhan Yinseng), Liang Jindong (Liangzi), Dong Zijian (Dollar), Sylvia Chang (Mia), Han Sanming (l’ami de Liangzi)

  • Distributeur:  Ad Vitam

  • Date de sortie: 23 décembre 2015

  • Durée: 2h11

 

 

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A Voir

Les interviews

“Au-delà des montagnes” de Jia Zhang-ke : “Qui devient-on quand on est loin de sa langue maternelle ?”

Asiècle prochain, parions que les chercheurs qui voudront dénicher une allégorie juste des mutations de notre époque auront largement de quoi puiser dans l'œuvre de Jia Zhang-ke (1). Voilà deux décennies que ce cinéaste chinois représente son pays dans tous ses états, en reliant habilement destin collectif et destinées individuelles. Sélectionné en compétition au dernier Festival de Cannes, Mountains May Depart (rebaptisé Au-delà des montagnes) commence en 1999 à tracer les trajectoires d'une jeune femme de Fenyang et des deux hommes entre lesquels elle hésite. Trois personnages qui connaissent diverses fortunes et qu'on suit jusqu'en 2025.Quelle est la traduction littérale du titre du film en chinois ?Ce sont quatre caractères : montagne / cours d'eau / ancien / homme. Quatre caractères qui empruntent à l'ancienne Chine, à sa tradition littéraire, et qui expriment l'espace-temps, en association avec des amis de longue date. Pour schématiser, cela signifie que l'amitié restera toujours, au-delà des montagnes.

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A télécharger

Dossier de presse

Pour aller plus loin

Les livres

Le cinéma de Jia Zhang-ke

No future (made) in China

Tous les films de Jia Zhang-ke décrivent les mutations actuelles de la Chine, avec une attention quasi exclusive pour les laissés-pour-compte de la croissance extraordinaire du pays. À travers ses fictions ou ses documentaires – ou tentant la fusion entre les deux registres –, Jia Zhang-ke convertit ses propres constats en questions de cinéma. Ce livre, dans une approche ouvertement esthétique et dramaturgique, s'emploie à restituer cette quête d'adéquation constante entre fond et forme, et à ainsi célébrer l'émergence d'un cinéaste majeur.

Le monde de Jia Zhangke

Un entretien avec le réalisateur de "Xiao Wu" et "Shijie"

 

Résumé

Jia Zhangke, né en 1970 à Fenyang dans la province du Shanxi, étudie d’abord à l’Ecole des beaux-arts de Taiyuan, avant d’entrer à l’Académie du Film de Pékin en 1993. En 1997, il obtient son diplôme et réalise son premier long métrage,Xiao Wu artisan pickpocket (Xiao Wu). En 2000, il tourne Platform (Zhantai) et, en 2002, Plaisirs inconnus (Ren xiao yao). The World (Shijie) est son dernier film.

 

La réalité sociale est très présente dans vos films…

Pourquoi spécialement des jeunes ?

A quels problèmes pensez-vous ? Au chômage ?

Les jeunes ont souvent l’air désespéré dans vos films…

Vos films sont proches du documentaire…

Vous filmez souvent des laissés-pour-compte, des gens auxquels les réformes n’ont pas profité…

Dans vos films, on parle souvent le dialecte, et non le mandarin…

Le monde du spectacle et ses artistes tiennent une place importante dans vos films. Quelle est, d’après vous, la place de la culture dans la Chine actuelle ?

Pourquoi y a-t-il des Russes dans votre dernier film ?

Quelle est la place du cinéma en Chine ?

Vos trois premiers films ont été interdits en Chine, seul le dernier a été projeté dans les salles de cinéma. Quelles relations entretenez-vous avec vos spectateurs en Chine ?

Comment vivez-vous le fait d’être sans doute plus reconnu à l’étranger qu’en Chine ?

Comment expliquez-vous que votre dernier film, contrairement aux précédents, ait été autorisé en Chine ?

Connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain film ?

Les DVD

Le coffret DVD collector
Retrouver l’ensemble des films de Jia Zhang-Ke, réunis en un seul coffret. 9 films : A Touch of Sin, 24 City, Still life + (Dong), The World, Plaisirs inconnus, Platform+ deux titres inédits en DVD : I Wish I Knew, Histoires de Shanghai et Xiao Wu, artisan pickpocket.
Ainsi que Jia Zhang-Ke, un gars de Fenyang, le documentaire inédit de Walter Sallès sur Jia Zhang-Ke

 

Court Métrage

Court métrage de Jia Zhangke pour les 70 ans du Festival de Venise

 

Filmographie

Jia Zhangke est un né en 1970 à Fenyang, dans la province du Shanxi.

Étudiant en peinture à l'École des beaux-arts de Taiyuan, Jia Zhangke publie un premier roman en 1991. Il entre ensuite à l'Université de cinéma de Pékin, où il fonde un « groupe du film expérimental », considéré comme la première structure de production indépendante en Chine. Issu de la sixième génération de cinéastes chinois dite « underground », il a reçu de nombreux prix dans les festivals de films internationaux. suite.....

 

La lettre de Michel

Vos impressions sur le film

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